Fait d'images

le blog de françois forcadell – l'image dessinée dans l'actualité

Archive pour la catégorie ‘Presse’

L’humour noir de Lefred Thouron

jeudi 18 mai 2017

Noir LT

Avoir la même idée, ou approchante, cela arrive dans le dessin de presse, encore faut-il l’avoir en même temps et pas quelques jours après un autre collègue travaillant pour un titre très diffusé. Ci-dessus un dessin de Lefred-Thouron paru dans Le Canard enchaîné du 29 mars 2017, et un de Goubelle paru dans Le Point du 27 avril. Cette anecdote affriolante pour initiés me permet de rebondir (c’est une image) sur la parution du livre de Lefred Thouron « Le Livre noir » (Fluide glacial).

L’éditeur le présente ainsi : « Tout est parti d’un gag de premier avril dans les pages de Fluide Glacial. Une prétendue publicité annonçait Le Livre noir de Lefred-Thouron avec une couverture noire autour de laquelle étaient disposés des gags noirs flanqués de sous-titres comme : « La tour de Pise vue de l’étui », « Concours de T-shirts brûlés », « Mots croisés en 1 case »… Quelle ne fut pas notre surprise quand quelques jours après la sortie du mensuel, nous vîmes arriver par dizaines des courriers de lecteurs souhaitant acheter notre poisson d ́avril ! Cela nous décida à réaliser pour de vrai cet album dont on se demande pourquoi on n’y avait jamais pensé plus tôt ! »

LT Noir

Emmanuel Macron en caricature

mercredi 17 mai 2017

Libération a interrogé plusieurs dessinateurs – Joann Sfar, Coco, Mathieu Sapin, Pétillon, Terreur Graphique, pour savoir comment ils caricaturent le nouveau président de la République Emmanuel Macron. Titre de l’article de Sabrina Champenois “Emmanuel Macron, obscur objet du dessin ?

Extraits :

15355740_886134258196037_2855857820399430695_nJoann Sfar : […] Moi, je ne suis pas dans la caricature politique, je fais du portrait de caractère, basé sur l’observation – d’un comportement, d’attitudes – et ce sont les accrocs, les faux pas qui m’intéressent, quand ils se prennent les pieds dans le tapis. Alors, peut-être que ça va venir, et ça va être intéressant de le regarder, des choses vont forcément émerger. […]

Coco : […] On peut dessiner tout le monde. Les moches et les autres. Le tout, c’est de bien interpréter, de trouver un point de vue. Quand on a trouvé le regard, on a fait 50% du dessin (C’est Cabu qui disait souvent ça, il avait raison). Et les aspérités, ça va venir. Par son couple, peut-être. Pas la différence d’âge, ça, je m’en fous, mais plutôt cette relation prof-élève que j’ai perçue dans le documentaire les Coulisses d’une victoire et qui m’a surprise. Macron, j’ai confiance, ce sera un bon client comme les autres, même si pas aussi physique qu’un Sarkozy. […]

Mathieu Sapin : […] Ce qui est certain, c’est que comme tous les beaux gosses, il pose problème, ceux qui ont des aspérités sont plus intéressants. Mais bon, il y a quelques éléments auxquels on peut s’accrocher : le front haut, la petite coupe de cheveux d’enfant sage, les pattes post-étudiant, un long nez, une forme de menton très anguleux alors que celui de Hollande par exemple, est beaucoup plus fuyant. Et puis il y a sa dentition : il n’a pas les dents en avant mais légèrement écartées et bien visibles alors que celles de Hollande, personne ne les voit ; en fait Macron a quelque chose de carnassier.” […]

Terreur Graphique : «Macron est super compliqué à dessiner, d’ailleurs je n’ai pas trouvé le truc, je ne le dessine jamais de la même façon. Même avec ses dents, petites et légèrement écartées, des dents d’enfant, il garde un côté Ken (de Barbie). Comme je ne fais pas les yeux mais plutôt les traits, son regard ou son nez ne m’aident pas. Je trouve que Mathieu Sapin et Pétillon s’en sortent bien, sinon je vois bien que mes collègues galèrent aussi. Mais bon, on a le temps pour le choper, cinq ans…”

En illustration, dessin de Man (Midi libre) et de Glez qui n’ont pas été interrogés par Libération. A noter que le dessin de Glez à été entrevu dans un reportage de Paris Match sur le QG de campagne du candidat d’En Marche ! Un présence à l’insu de son auteur.

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Le retour de Satirix

mardi 18 avril 2017

Satirix_27C’est sur la fiche Wikipedia de Satirix que l’on apprend :

“À partir du 15 avril 2017 l’Association des Amis de Satirix (ADAS), basée à Tours, a relancé la publication de Satirix avec le numéro 27, Tabous par Marc-Édouard Nabe.”

Toujours sur Wikipedia on peut lire l’historique de ce journal encore aujourd’hui édité par Lucien Grand-Jouan, neveu du dessinateur Jules Granjouan (1875-1968) qui collabora au début du 20ème siècle à la revue L’Assiette au beurre, dont Satirix s’est inspiré dans la forme. La première version de Satirix, dont chaque numéro était consacré à un thème traité par un seul dessinateur, a cessé de paraître en 1973 après une saisie ordonnée  par le ministère de l’Intérieur suivie d’un procès de deux ans qui se termina en faveur de l’éditeur.

Désormais trimestriel, les prochains numéros seront consacrés en juillet à Kupka, (À bas le monde contemporain !) et en octobre à Mose, (Art).

Sur son site on peut lire : “Les dessins de Nabe sont vieux de plus de quarante ans. Ceux de Kupka sont centenaires. Lors de la recherche de dessins propres à illustrer l’actualité, il s’est avéré que les plus vieilles feuilles étaient celles qui correspondaient le plus à nos jours et à nos goûts satiriques : plus fortes, plus ouvertes et donc plus vraies que la production contemporaine. […]

Toujours sous-titrée “La revue qu’on ne jette pas”, il est à craindre avec ce numéro que ce slogan ne soit plus en adéquation avec l’esprit d’origine qui vit la publication de dessins de Siné, Cardon, Serre, Barbe, Solo, Laville, Dubout, Puig Rosado, Tetsu, ou Vazquez de Sola, entre autres.

 

 

Les textes de Charb censurés par la peur

jeudi 6 avril 2017

Charlie Hebdo (dont le numéro actuel restera en kiosque 3 semaines) consacre deux pleines pages à la peur et à la censure qui accompagnent le spectacle de la compagnie du Théâtre K « Lettre aux escrocs de l’islamophobie qui font le jeu des racistes », adapté des textes du dernier livre de Charb “Lettre aux escrocs de l’islamophobie” (Les Echappés).

Sur Facebook, Charlie enchaîné signale de son côté l’article de La Voix du Nord consacré à cette affaire (et dont est tiré l’illustration).

Sur le même sujet, à lire l’article de Caroline Constant dans L’Humanité et l’interview du metteur en scène Gérald Dumont sur le site Caricatures & Caricature.

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Quel dessin de presse ?

vendredi 31 mars 2017

france-cartoons-mag1couveLogo France-CartoonsAprès diverses péripéties la FECO-France a quitté FECO-International (FEderation of Cartoonists Organisation) pour devenir France Cartoons, une nouvelle association présidé par Pierre Ballouhey et dont l’objet est « de créer un réseau de communication entre ses adhérents et les autres dessinateurs de presse et caricaturistes existant dans le monde, afin de promouvoir et d’encourager, sous le dénominateur commun du dessin d’humour, la bonne volonté et l’amitié entre les hommes. »

L’association a publié en janvier le n°1 de son web-mag France Cartoons, consultable en ligne gratuitement. Couverture en illustration, dessin de Adene. Le n°2, mars-avril ne devrait pas tarder.

Humeur (qui ne va pas plaire)

Seul problème de ce type d’association, comme d’ailleurs celui de quelques sites et festivals, c’est celui de mélanger allègrement les professionnels qui gagnent leur vie avec ce métier (de plus en plus mal) et la cohorte de dessinateurs « de presse » autoproclamés (surtout depuis le 7 janvier 2015) ne publiant nulle part mais qu’on voit beaucoup sur les réseaux sociaux, et qui, lorsqu’ils sont sollicités, acceptent des tarifs de parution défiant toute concurrence.

Que nombre de passionnés de dessin s’expriment est une bonne chose, et qui sait même si l’un ou l’une d’entre eux ne succèdera pas un jour à Willem, Cardon, voire Plantu ? Mais peut-être faudrait-il qu’ils aient un minimum d’exigence sur leur travail, recherche des idées, originalité du trait, et surtout une obstination sans faille à vouloir exercer pleinement cette profession au-delà d’un sympathique amateurisme.

Tout comme le spectacle qui a engendré une grande série de clones d’humoristes, ou d’imitateurs qui imitent les imitateurs précédents, le dessin dit de presse a vu ses derniers temps se propager une flopée de « dessinateurs » pour qui un surtitre explicatif, une bulle laborieuse, et un ou deux personnages vite griffonnés, font office de dessin.

Sont-ils les seuls « fautifs » ? Si effectivement certains savent mieux se vendre que dessiner, on doit cette situation en grande partie à l’inculture des médias hélas incapables de faire la différence entre un dessin de, au hasard, Cabu, Tignous, ou Charb, et un « dessin » de XXXXX, de XXXXX ou de XXXXX.

Aujourd’hui dans ce domaine tout se vaut, et le dessin fast-food supplante peu à peu la cuisine artisanale en nous proposant trop souvent une tambouille qui forcément à terme dévalorise le genre.

La création et l’imagination sont les composantes essentielles de l’art, et encore plus pour celui si particulier de la satire. Il ne faudrait pas que la médiocrité appliquée à ce qui reste un moyen d’expression intelligent finisse par écœurer ceux qui tentent encore d’en préserver la qualité, mais surtout en éloigne les lecteurs. ff

Les éventuelles réactions en réponse à ce texte seront publiées sur ce blog.

A la suite de l’article publié ci-dessus,  j’ai reçu ce mot de l’excellent dessinateur Rousso qui s’exprime ici à titre personnel m’a t-il précisé (dessins indépendants du contenu du texte) :

Robert_Rousso« Qu’on puisse plaire ou déplaire, ce qui compte c’est que l’analyse soit juste …et c’est précisément le cas. Faut faire comme au Rugby, faut remonter à l’origine de la faute.

J’ai découvert la FECO, en Avril 97, grâce à Serdu, Belge, excellent, et cher ami. J’avais été séduit par le fait qu’ elle permettait le contact avec des dessinateurs “étrangers”, qui de ce fait cessaient immédiatement de l’être. Lorsque j’ai déposé en 2002 les statuts de l’ex-FECO-France ( devenue France-Cartoons ), je ne me suis pas autoproclamé Comité de Sélection, me plaçant ainsi au-dessus des autres pour juger de leurs capacités, ( j’avais déjà élu à l’ unanimité Laville comme Président ! ). C’ est pourtant ce que j’aurais dû faire… auprès des 14 nouveaux adhérents, courant ainsi le risque d’ en réduire encore plus l’effectif…

On est bien obligé de reconnaître que l’amateurisme fréquente volontiers le “low cost” ( ne pas confondre avec “l’Holocauste”, tombeur de la FECO ). Mais il peut y avoir aussi de vrais pros, pas bien loin d’ici, auxquels il arrive de pratiquer le travail gratuit. Attention, ceci n’est surtout pas une critique, juste un constat. Cela dit, quand c’est un “tocard” qui publie “gratos”, le responsable c’est pas lui, c’est bien le Comité de Rédaction qui l’impose aux lecteurs ( comme tu l’ as souligné ).

Quand Michel Polac, dans son “Droit de Réponse”, demandait à ses dessinateurs “faîtes-moi des graffitis de chiottes”, les Messieurs auxquels il s’adressait savaient faire aussi autre chose ( je pense à certains que j’ aime aujourd’hui dans Charlie …et parfois ailleurs ). Le problème c’est qu’il y en a maintenant qui se bornent aux graffitis, parce qu’ils ne savent rien faire d’autre.

Cette exigence de manque d’exigence, le contexte politique et social, les événements, ont propulsé dans les media, avec plus ou moins de bonheur, un certain nombre de nouveaux “professionnels”, et pour certains, heureusement, d’une manière éphémère. Dire cela ne saurait faire injure aux vrais pros qui en font partie. Si il faut avoir assez d’imagination pour rentrer dans le dessin de Presse, il faut avoir aussi assez de talent pour y rester.

Aujourd’hui France-Cartoons compte 110 adhérents au nombre desquels : 3 Algériens, 2 Américains ( et pas des moindres ! ), 3 Belges, 1 Brésilien, 2 Canadiens ( encore pas des moindres ! ), 1 Corse, 1ne Franco-Espagnole, 6 Italiens ( anche al più alto livello ! ), 1 Roumain, 1 Suisse, 1 Syrien, 1ne Tunisienne, 1 Turc, 1 Urugayien et Yves Frémion.

Nous avons d’ excellents rapports avec les dessinateurs Italiens ( www.buduàr.it ), avec les dessinateurs Anglais du PCO ( on cause pas du Brexit ), on essaye de défendre les intérêts de la profession quand on le peut, on sert d’ adresse pour ceux qui n’ en ont pas…les vrais pros de France-Cartoons n’ont pas trop à souffrir du voisinage d’étiquettes moins brillantes, …elles existent, on les accepte et on leur offre même une carte qui donne une petite légitimité à leurs modestes prestations. Comme tu le dis Forca, il y en a parmi eux qui risquent d’être les Cabu, les Honoré, les Charb, les Tignous et même peut-être les Wolinski de demain.

Et pour conclure, je définirais France-Cartoons plutôt parce qu’elle n’ est pas : ni un organisme philantropique …et pas davantage un syndicat ( surtout de presse ! ). Voilà. » Rousso.

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Pas de satire sur France Télévision

lundi 20 mars 2017

17358831_1445751648788619_1294559009902792562_oLa satire deviendrait-elle gênante en période électorale ? On peut se poser la question après les difficultés rencontrées par le dessinateur Marc Large et le réalisateur Maxime Carsel pour parvenir à concrétiser leur projet de film « Satire dans la campagne ». Malgré le soutien d’une maison de production celui-ci a été refusé par France Télévision car « ce documentaire n’est pas dans notre ligne éditoriale », et Marc Large de s’interroger sur Facebook, rappelant au passage la suppression des sketches de Mathieu Madénian et Thomas VDB : « Y a-t-il de l’autocensure sur les chaînes publiques pendant la campagne présidentielle ? Y a-t-il une incompréhension de ce qu’est la satire ? »

Extrait de la présentation :

« Nous retrouvons les auteurs dans leur intimité créatrice et ils s’expriment sur cette campagne électorale. Nous voyons comment ils imaginent leurs dessins, comment ils rédigent leurs chroniques ou leurs one-man-shows. Comment l’inspiration arrive suite à un fait d’actualité.

Nous nous intéressons à leur rapport au pouvoir (pourquoi les humoristes sont-ils souvent marqués politiquement ? Peuvent-ils être militants ou engagés ?). Jamais auparavant l’extrême droite n’a été aussi proche de sa victoire, alors que paradoxalement quasiment tout le monde s’est senti « Charlie ». Comment l’humoriste analyse-t-il tout ceci et comment le traite-t-il dans son œuvre ? Quelle influence peut-il avoir sur un vote ?

Est-ce que l’humoriste est un je-m’en-foutiste ou est-ce que la carapace du rire cache quelqu’un de sensible et d’inquiet ? Est-il un simple bouffon du roi ou presque un « lanceur d’alerte » ? […]

« Placé sous le signe de l’humour, ce document veut démontrer l’importance de la satire dans notre société. Poult de la démocratie, cette liberté de ton et d’expression est une véritable soupape, une bouffée d’oxygène salvatrice pour les lecteurs, les auditeurs et les spectateurs. La satire fait également réfléchir.

La satire est une œuvre dont l’objectif est une critique moqueuse de son sujet (des individus, des organisations, des États, etc.), souvent dans l’intention de provoquer, prévenir un changement ou de porter à réfléchir.»

51wiHLxikFL._SX357_BO1,204,203,200_Pour faire aboutir le projet les auteurs lancent donc une campagne de financement sur le site de crowdfunding Kiss Kiss Bank Bank.

A voir, les premières images sur la page Facebook de “Satire dans la campagne”.

A noter que Large vient de publier avec Guillaume Meurice « On n’est pas sérieux quand on a 2017 ans… » (éditions Un point c’est tout !).

En illustration, dessin de Man (Midi libre).