Fait d'images

le blog de françois forcadell – l'image dessinée dans l'actualité

Archive pour la catégorie ‘Humeur’

Pour ceux qui s’intéressent vraiment au dessin de presse

dimanche 8 décembre 2019

Enfin un livre sur l’envers du décor du métier de dessinateur de presse. Loin des « fantassins  de la démocratie » et des dessinateurs auto-proclamés qui hantent depuis le 7 janvier 2015 les manifestations supposées valoriser ce moyen d’expression, Fabienne Desseux a rassemblé des témoignages de professionnels qui tous exercent leur passion sur divers supports et de façons différentes, une pluralité qui donne tout son intérêt à ce livre. Atout supplémentaire les textes sont accompagnés d’une bonne sélection de dessins.

Précision : même si le site Iconovox héberge depuis 2006 mon blog Fait d’Images, je suis totalement indépendant du remarquable travail que mène James Tanay notamment avec les éditions Iconovox.

Le livre est disponible sur le site des éditions Iconovox

Non, ni Cabu, ni Val n’ont créé La Grosse Bertha

mercredi 30 octobre 2019

Contrairement aux très bonnes relations que j’avais avec Charb, j’en ai eu très peu avec Riss, et cela ne risque pas de changer. Dans son dernier livre* il utilise les méthodes de son mentor Philippe Val pour réécrire l’histoire en laissant croire que Cabu serait à l’origine de La Grosse Bertha (p 169, « une opportunité »).

Avec tout le respect que je continue, malgré tout, à avoir pour le talent de dessinateur de Cabu, je tiens à préciser – une fois de plus – qu’il n’est pour rien dans la conception et la réalisation de cet hebdomadaire. Son apport initial a été de m’avoir présenté l’éditeur Jean-Cyrille Godefroy et d’y avoir dessiné dès les débuts. Ce projet éditorial je le portais depuis plusieurs années avec le soutien des dessinateurs qui m’ont suivi et fait confiance dans cette aventure.

Sans les dernières 54 heures de bouclage passées quasiment seul, à mettre en page, choisir les dessins, les textes, les corriger, il n’y aurait jamais eu de n°1 dans les kiosques le mercredi 17 janvier 1991. Après les 6 mois de préparation et trois mois bien chargés de rédaction-en-chef, j’ai quitté le journal en conflit ouvert avec Cabu, soutenu par Val qui manœuvrait déjà pour prendre la tête de la rédaction.

La Grosse Bertha vendait près de 18 000 exemplaires et payait tous ses collaborateurs. L’hebdo a survécu ensuite jusqu’à ce que Cabu et Val trahissent l’éditeur pour partir refonder Charlie Hebdo.

Voilà ce que je tenais à préciser à nouveau. françois forcadell

P.S : En 2020, Charlie Hebdo va fêter ses 50 ans (sic) en s’octroyant la période 1969 à 1981. Autant dire que ni le Charlie 10F Hebdo de Philippe Val, ni celui d’aujourd’hui, ne sont dans l’esprit du titre fondé par Cavanna et Choron, et que ce détournement d’héritage semble là aussi très abusif.

* Riss, Une minute quarante-neuf secondes. Actes Sud – Les Echappés.

 

Macron et Trump Trop Fait de la caricature

mardi 22 janvier 2019

Pas de surprise dans le vote du Trop Fait de la caricature 2018 décerné par un jury de dessinateurs professionnels à la personnalité qui par son action a contribué le plus à la publication de dessins satiriques dans les journaux. Chaque juré vote en envoyant un dessin correspondant à son lauréat.

Emmanuel Macron a été désigné dans la catégorie France.

Ont également obtenu des votes : L’antisémitisme : 1 voix, Les Le Pen : 2 voix, Edouard Philippe : 1 voix, Jean-Luc Mélenchon : 1 voix, Gérard Collomb : 1 voix. Erratum : Lefred-Thouron a bien voté Macron, mais Brigitte Macron (ce qui ne change rien au résultat final).

Donald Trump a été désigné dans la catégorie Monde.

Ont également obtenu des votes : Kim Jong-Un : 2 voix, Bachar el-Assad : 2 voix,
Recep Tayyip Erdogan : 1 voix, le Pape François : 1 voix.

Aucun lauréat cette année dans la catégorie People/Divers.

Le Jury : Berth (Siné mensuel), Camille Besse (L’Huma Dimanche, Causette), Boll (Les Echos), Cambon (Affiches de Grenoble), Romain Dutreix (Le Canard enchaîné), Xavier Gorce (Le Monde), Gros (Marianne), Lacombe (Marianne, Siné mensuel), Lara (Le Canard enchaîné), Lasserpe (Marianne), Lefred Thouron (Le Canard enchaîné), Man (Midi libre), Mutio (L’Itinérant), Pakman (Siné mensuel), Pessin (Slate.fr), Jean-Denys Philippe (L’Humanité), Ray Clid (Le Coq des Bruyères), Rousso (Siné mensuel), Soulas (Siné mensuel), Soulcié (Télérama, L’Equipe).

Le Trop Fait est organisé par l’association Un bon dessin vaut mieux qu’un long discours, Iconovox.com, Urtikan.net, avec la participation du Centre International Baixois de Promotion des Revues et Journaux Satiriques et de BD.
Les dessins seront diffusés dans leur intégralité sur ces sites, lors d’événements festifs destinés à promouvoir le dessin de presse, et pendant la remise des prix en présence des lauréats (s’ils n’ont pas un empêchement).
Dessins du logo : Honoré Daumier et Lefred-Thouron.

Luz, le dessin et Charlie Hebdo

lundi 5 novembre 2018

 

Maintes fois je l’ai écrit, la création, la vie d’un journal est une aventure extraordinaire. Sa conception, la constitution d’une équipe, la rencontre avec le lecteur. Une aventure collective, mais aussi personnelle. Celle de Luz est racontée dans Les indélébiles (excellent titre) paru aux fidèles éditions Futuropolis. 23 ans passés au sein de la rédaction de Charlie Hebdo, titre mythique ressuscité en 1992. Son arrivée à Paris, sa rencontre à 20 ans avec Cabu, ses potes, Charb, Tignous, Riss, Catherine Meurisse, Honoré, d’autres, et toujours l’omniprésent Gébé en filigrane.

Des souvenirs heureux, amusés, d’un temps où « on a fait un journal marrant », et au sein duquel il a appris son métier entouré de ses « références : Gébé, Cabu, Willem, Wolinski ». Un idéal brutalement interrompu par le massacre d’une partie de la rédaction le 7 anvier 2015.

« Luz raconte Charlie » titre l’hebdomadaire qui dans son numéro 1371 lui consacre un supplément promotionnel de 16 pages. A la vérité Luz raconte « son » Charlie, celui des moments qui ont imprimé sa mémoire. Pas tous. Luz à choisi de ne pas attiser l’évocation des conflits internes qui ont émaillé cette période, exit le départ de Lefred-Thouron, suite à l’affaire Font, rien sur la dévastatrice affaire Siné, encore moins sur le patron carriériste Philippe Val et les dommages qu’il a infligé au titre. Luz n’a semble-t-il pas voulu abimer ses souvenirs, il le reconnaît « Je ne parle pas des engueulades, parce que ça a été suffisamment abordé dans d’autres bouquins ». A noter que l’ancien directeur est totalement absent du bouleversant dernier chapitre.

Eloigné de la presse mais pas du dessin, sujet essentiel de cet album (l’épisode de l’iPad de Tignous est hilarant), Luz, Renald Luzier, a besoin de se reconstruire, moralement, psychologiquement, lui qui a échappé fortuitement à une mort terrible. Après Catharsis, ce livre est une avancée supplémentaire. Ce sera sans doute encore long, mais si chaque étape nous offre un livre aussi fort que Les indélébiles il est sur le bon chemin. f.f.

Une petite histoire de La Grosse Bertha

Beaucoup de ceux qui me fréquentent depuis longtemps savent que je n’ai pas l’habitude de me mettre en avant dans ce que j’entreprends avec les dessinateurs. Mais il y a une chose que je ne laisserai pas dire, et encore moins laisser croire, c’est que Philippe Val a eu une quelconque part dans la création en 1991 de l’hebdomadaire La Grosse Bertha. Ce projet de journal satirique je le portais depuis plusieurs années et il a pris forme avec l’appui de Cabu et de l’éditeur Jean-Cyrille Godefroy.

Nos moyens étaient dérisoires, des photocopies pour la photogravure, mon ordinateur personnel, un Mac Plus, pour les textes, mon fax pour recevoir les dessins, et pendant plusieurs semaines, outre ma fonction de rédacteur en chef, j’ai fait office de secrétaire de rédaction, et j’ai composé moi-même tous les titres des 12 pages à l’aide de lettres transfert. Avant l’envoi du n°1 chez l’imprimeur j’ai passé une longue nuit blanche seul à relire les textes, maquetter les dessins, faire les corrections. J’étais déjà depuis plus de 24 heures dans cette cave de la rue Quincampoix qui faisait office de bureaux. Seul, à m’assurer que le journal était tel qu’il devait paraître.

Je rêvais de faire un journal de dessinateurs et il était là. J’en ai choisi la mise en page, le papier, et l’équipe de dessinateurs. Il suffit de feuilleter les premiers numéros pour voir que tous ceux que j’avais contactés avaient répondu présent, Cabu bien sûr, mais aussi Gébé, Willem, Siné, Nicoulaud, Cardon, Wolinski, Kerleroux, Vuillemin, Loup, et même Bernar, Honoré, Lefred-Thouron, Tignous, Berth, Kafka, Plantu, Pessin, Faujour et Charb aussi. J’avais même demandé que les dessinateurs mensualisés soient mieux payés que les rédacteurs. C’est dire l’importance que je leur accordais.

Pendant les trois premiers mois où j’ai été à la tête du journal il m’est souvent arrivé de privilégier des dessins en grand format plutôt que des articles pas drôles. Parmi ceux-là il y avait bien évidemment ceux de Philippe Val (arrivé là dans la besace de Cabu) – la guerre c’est mal -, que je coupais de moitié ou qui se perdait opportunément dans les entrailles de l’unique ordinateur. Très vite La Grosse Bertha – dont le n°1 ne devait être qu’un one shot pour tester notre capacité à faire un journal – a rassemblé suffisamment de lecteurs pour continuer à paraître.

Un succès qui a du donner à Philippe Val l’idée de le diriger. Il a d’ailleurs très vite tenté de le faire, mutique ou absent des comités de rédaction, il contactait dans mon dos les membres de l’équipe, flattant les uns, encourageant les autres (qui me le racontaient). Jusqu’au jour où sans doute lassé de voir ses textes brillants, ne pas faire office d’éditorial, ou relégués au fond du journal, il a convaincu son indéfectible ami Cabu que l’hebdomadaire se devait d’avoir deux rédacteurs en chef. Dont un dédié aux textes, devinez qui était pressenti ? Une tentative de putsch assez désagréable, le journal continuait à bien se vendre, une situation intenable pour moi qui m’a valu (après, je l’avoue aujourd’hui, une remarque insolente de ma part) une colère mémorable – dixit Gébé – du gentil Cabu.

J’ai alors donné ma démission et je suis parti – épuisé par trois mois sous pression –mais laissant un journal en état de marche et dont tous les collaborateurs étaient payés. Il m’était impossible de continuer sans avoir la confiance de Cabu – mon idole depuis l’âge de 15 ans – sachant de surcroit qu’il soutenait hélas l’ambition démesurée de Val. Cet arrivisme sera contrecarré par le reste de l’équipe, Henri Montant (Arthur) en tête, qui pendant plusieurs mois l’empêchera d’accéder aux commandes. Lorsqu’il les obtiendra enfin, les ventes de La Grosse Bertha dégringoleront et Jean-Cyrille Godefroy cherchera à reprendre la main sur son journal. La suite on la connaît avec la reparution de Charlie Hebdo.

Voilà, c’est juste une mise au point, Philippe Val a toujours fait carrière en manipulant, en trompant, en volant, en trahissant, tous ceux qui ont servi sa carrière, autant il a réussi à faire revivre Charlie Hebdo et à piller ses caisses, autant une chose est incontestable, il n’est pour rien, vraiment rien, dans la création de La Grosse Bertha et je tenais à l’écrire.

Les dessins ci-dessous qui illustrent ce texte sont extraits de Indélébiles le dernier livre de Luz paru chez Futuropolis.

Presse régionale et caricature

vendredi 30 mars 2018

Pas toujours évident d’être journaliste dans la presse quotidienne régionale. C’est ce qui est arrivé à Magali Le Dissez embauchée comme correspondante locale du quotidien Le Berry Républicain et qui a voulu commenter la vie de la commune en dessins sur sa page Facebook. Mais voilà, il arrive que des élus locaux ne supportent pas de voir mises en images leurs manœuvres et manipulations politiques avérées, même si elles reflètent avec pertinence leurs errements. Le maire de la ville, a donc demandé au journal de virer sa correspondante, ce qu’il a obtenu au bout quelques mois.

L’affaire aurait pu s’arrêter là, mais une plainte pour suspicion de diffamation a été déposée, avec convocation à la gendarmerie, audition libre de 3 heures, photos anthropométriques et prises d’empreintes intégrales. Celle-ci porte sur 6 dessins (2 en illustration) et pour le moment la Procureur de la République ne s’est pas encore prononcé sur sa recevabilité. A suivre donc.

Le plus caricatural dans cette histoire, c’est que ce journal appartient au groupe La Montagne Centre France dont l’actionnaire majoritaire est la fondation Varenne. Un établissement qui en 2015 était le partenaire de l’association Cartooning for Peace pour le colloque international “Le dessin de presse dans tous ses États”. A Châteaumeillant il est dans un drôle d’état.

 

 

L’invité sulfureux de la BnF

mardi 20 mars 2018

Qui est Bernard Bouton ou Bernie, dessinateur dont l’existence a été mise en lumière en 2016 avec sa participation au concours Iranien antisémite « Holocaust International Cartoons Contest », et invité de la Bibliothèque nationale de France le 22 mars pour la Journée d’études Dessin satirique et bande dessinée ?

Si il se présente comme dessinateur à L’Express en 1974, il n’est pas facile ensuite de suivre ses activités, en dehors de concours internationaux de dessins ou de quelques conférences, ici ou là. Sur Internet on apprend qu’il est membre de l’EIRIS (Equipe Interdisciplinaire de Recherche sur l’Image Satirique) dont il a d’ailleurs dessiné le logo. L’EIRIS est partenaire de la journée.

On le trouve aussi sur le site de la FECO (Fedération of Cartoonists Organisation) association internationale où l’on note que, après sa démission de la présidence suite à sa participation au concours Iranien, il en est toujours le vice-Président et le trésorier général. A l’époque il écrivait dans un mail adressé aux membres de la FECO : « No ! It is better that we avoid biased topics. I’d rather not publish these contests. Bernie » (Il vaut mieux éviter les sujets biaisés. Je préfère ne pas publier ces concours) avant qu’on ne découvre qu’il y participait.

FECO toujours, on voit aussi son nom associé à l’organisation de concours de dessins en Algérie, au Maroc, où il est présenté comme vice-président de FECO France… une association qui n’existe pas, l’ancienne FECO France s’étant muée en France Cartoon, toujours après l’esclandre provoqué par la participation de Bouton au concours Iranien. Son vice-président Pierre Ballouhey écrivait alors : « Ce Bouton est vraiment un problème : changer la loi sur le négationnisme, le révisionnisme, on rêve. Ce concours est une réplique au mouvement “Je suis Charlie”, comme le concours de 2006 était une réplique aux caricatures danoises. Les organisateurs sont anti-Charlie, c’est clair ça. Pour des dessinateurs français ça veut dire quelque chose. »

On notera juste que dans la FECO Maroc figure en tant que Vice-président Abdellah Derkaoui qui participa lui aussi à la 2ème édition de « Holocaust Cartoons Contest ».

En 2016 Bernard Bouton écrivait pour se justifier : « On a dit des dessinateurs participants au concours iranien qu’ils étaient naïfs et qu’ils seraient utilisés par Téhéran, mais mon dessin dont le sens est très clair, sera publié dans la galerie sur le website iranien et il ne pourra pas être détourné, ou interprété différemment. J’ajoute que j’ai déclaré que si je gagne le prix de 12 000$ j’en verserai la moitié à une organisation humanitaire pour venir en aide aux enfants palestiniens et l’autre moitié à une organisation humanitaire pour enfants israéliens, et je le ferai savoir en lui donnant le maximum de publicité ; il sera alors cocasse que l’argent de Téhéran serve aux enfants israéliens ; parlera-t-on alors de détournement ? Il est exclu pour moi de boycotter les concours iraniens. »

Aujourd’hui Bernard Bouton reçoit même le soutien de l’historien de la caricature Guillaume Doizy qui plaide pour sa présence à la Journée d’étude à la BnF estimant qu’il doit être invité au même titre que Vuillemin (qui signera son dernier livre). Pourquoi Vuillemin ? Le créateur du site Caricatures & Caricature pour appuyer sa démonstration, met sur le même plan les deux dessinateurs rappellant que Vuillemin a été condamné pour antisémitisme lors de la parution de Hitler = SS en 1990 (une BD dont il était le co-auteur). Un amalgame surprenant pour celui qui en 2015 donnait la parole au dessinateur iranien Kianoush Ramezani. Kianoush déclarait à propos de Bernard Bouton « Je vous dévoile tous ces faits pour vous montrer qu’il est un menteur ! Il joue un double jeu. Je vois qu’il n’a même pas hésité à remettre en question mon exil et mon statut de réfugié… »

Journée d’études Dessin satirique et bande dessinée organisée par la BnF en collaboration avec l’EIRIS et La Brèche. Jeudi 22 mars, petit auditorium de la BnF (Site Tolbiac), 10h-17h. L’intervention de Bernard Bouton est à 11h 15. En principe…