Fait d'images

le blog de françois forcadell – l'image dessinée dans l'actualité

Archive pour la catégorie ‘Humeur’

Dessinateur quel métier ?

vendredi 15 mai 2015

Mric-SM42-Societe-coulDécidément vivre de son métier de dessinateur n’est pas toujours évident, d’autant plus que les conditions de travail et de rémunération continuent à se dégrader. Nouvel exemple avec cet appel lancé par la mairie de Clamart pour la réalisation de la prochaine affiche de son 4ème festival de Jazz. Les affiches des précédentes éditions avaient été confiées à François Avril et à Loustal (le maire a changé depuis).

Si les organisateurs proposent bien une rétribution de 1500 euros à celui, ou celle, dont le dessin sera choisi, ce sont les conditions du concours qui posent problème, en effet : « la Ville de Clamart invite les professionnels de l’image et les amateurs créatifs à concevoir le visuel du prochain festival. »

Les « amateurs créatifs » sont-ils eux aussi sollicités pour les autres appels d’offres de la ville de Clamart, transports, fournitures, chantiers, etc. ?

En illustration, le dessin de Mric qui accompagne l’article « Graphistes, travaillez pour la gloire ! » publié dans le numéro de  Siné mensuel actuellement en vente. Le texte de Véronique Brocard dénonce la pratique des « concours » et relaie l’action de l’Alliance française des designers.

Merci à T. A.

Le chagrin médiatisé de Jeannette Bougrab

vendredi 15 mai 2015

Le massacre de Charlie Hebdo, le 7 janvier a suscité, le jour même, l’apparition d’une foule d’« amis » des victimes se bousculant à l’antenne pour faire étalage de leur chagrin. Ce fut le cas de Jeannette Bougrab qui profita de l’occasion pour dévoiler une liaison avec Charb, dessinateur et directeur de Charlie Hebdo. Une révélation opportuniste, indécente, vite recadrée dans un communiqué par la famille de Charb.

Aujourd’hui, on peut lire dans Le Parisien (15.5.2015) :

« Dans son livre, elle explique que c’est son ami Richard Malka, avocat de « Charlie Hebdo », qui, fou de chagrin et épuisé de courir les plateaux, lui avait demandé d’aller à BFM. Cela vaudra à l’intéressée une mise au ban par la famille de Charb et un déferlement de haine sur les réseaux sociaux. « Une lapidation par voie de presse », écrit-elle, dénonçant « un entourage possessif, exclusif, intolérant, un clan d’aboyeurs ». »

Jeannette Bougrab qui depuis distille dans la presse (et à la télé américaine) des preuves de leur intimité (sur les conseils de Richard Malka ?), se dit prête à aller en justice pour qu’on reconnaisse sa relation avec Charb. Un objectif étonnant dont on a du mal à cerner la finalité (un certificat ?), en dehors de servir la promotion de son dernier livre « Maudites » (Albin Michel).

En illustration : Luz à l’enterrement de Charb évoquant lui aussi sa relation avec son ami : « Charb, je peux l’avouer enfin, je sais que tu ne m’en voudras pas de le révéler à ta famille, tes amis, tes camarades, tes lecteurs et lectrices… Charb, mon amant », « Ah, qu’est-ce qu’on s’est enculé toutes ces années ! Depuis que tu m’as fait découvrir les Dead Kennedys en 1991″. Certains l’ont cru…

LuzCharb

Quand Le Monde « cache » ses dessinateurs

mercredi 13 mai 2015

Le Monde annonce avec tambours et trompettes (vieille expression) l’arrivée de La Matinale, une application – gratuite – pour smartphones, qui propose « Les derniers articles d’actualité rédigés dans la nuit par les journalistes du Monde, des « briefs » – articles courts et incisifs qui apportent des clés de compréhension de l’actualité de la journée à venir –, des avant-premières d’articles à paraître dans le quotidien de l’après-midi, des analyses, des reportages, des sujets plus « magazine », des listes de recommandations concoctées par la rédaction, des vidéos, de la bande dessinée… »

Les bandes dessinées (strips) sont signées Lewis Trondheim, Fabcaro, Lisa Mandel, Jacques Azam, James.

Que de grandes signatures, mais faut-il en déduire que Le Monde, qui confine déjà les dessinateurs sur des blogs (Vidberg, ZepSoulcié, et même Aurel et Plantu), estime que tous ces talents n’auraient pas leur place dans les pages du quotidien (en dehors de d’Aurel et Plantu) ? Faut-il en conclure qu’ils ne sont « utilisés » que pour draguer des lecteurs « jeunes » et pour attirer la publicité commerciale ?

Strips-Le-MondeN’ayons pas toujours mauvais esprit et réjouissons-nous que ce journal, qui a viré il y a peu et sans ménagement des dessinateurs, retrouve le goût du dessin même sur Internet. Il faut aussi espérer que tous ces auteurs sont correctement rémunérés et non pas uniquement sur la base d’un maximum de clics générés par la consultation des pages.

Dessiner c’est gratuit

mardi 12 mai 2015

11224480_10153417517167494_2314679401217948787_nDéluge de commentaires désagréables pour Biba sur Facebook après le lancement d’un concours ainsi libellé : « llustratrices, Illustrateurs, graphistes, C’est parti, Biba et A Little Market vous proposent de mettre toute votre créativité en œuvre lors du concours « ma petite pochette » ! Tentez votre chance pour voir votre création imprimée sur la prochaine pochette disponible en kiosque avec Biba ! Retrouvez toutes les infos sur http://mapetitepochette.bibamagazine.fr/ ! Alors à vos crayons et bonne chance ! »

La rédaction du magazine féminin mise en cause, s’est sentie obligée de répondre en indiquant : « Nous tenons à nous excuser si le but du concours a été mal perçu. Biba a pour objectif de dénicher et de mettre en avant de jeunes créateurs. Nous avons de remarquables graphistes et illustrateurs qui travaillent pour le magazine. Mais nous voulons aussi donner un petit coup de pouce à de nouveaux talents et ainsi leur donner la possibilité d’émerger en valorisant leur travail sur nos produits et dans Biba. Et comme ces valeurs nous tiennent particulièrement à cœur, Biba offre une visibilité accrue aux gagnants en publiant leurs portraits dans le magazine et sur le web. Non loin d’être un marchand de main d’œuvre gratuite, nous souhaitons être un vrai tremplin pour les créateurs de demain. »

Finalement la rédactrice en chef de Biba a annoncé que le concours était annulé expliquant à nouveau « Notre volonté était sincèrement de donner à ceux qui le souhaitent l’opportunité d’exprimer leur talent, de saisir l’occasion – ce qui reste rare aujourd’hui – de se faire connaître. Et j’insiste : nous étions convaincus du bien-fondé de cette démarche. Mais certaines remarques reçues nous ont montré que notre démarche n’a manifestement pas été comprise par tous. »

11150736_740620902713921_7477359968849572776_nIl était peut-être trop simple de rémunérer le travail du lauréat…

Lire aussi la réaction dessinée de la dessinatrice Laurel sur son blog.

Charlie Hebdo, un bon filon pour P. Val et R. Malka

mercredi 29 avril 2015

Affiche du film de Daniel Leconte "C'est dur d'être aimé par des cons"Sidérant.

Alors que Philippe Val et son « ami » son « frère » l’avocat Richard Malka, se sont pendant des années honteusement goinfrés sur le dos de Charlie Hebdo, on lit maintenant ceci dans L’Express, sous la signature de Renaud Revel *:

« Deux « Charlie » pour une Croisette

L’ancien dirigeant de Charlie Hebdo, Philippe Val, l’avocat de l’hebdo satirique, Richard Malka, ainsi que le réalisateur Daniel Leconte, font le siège du Festival de Cannes et de son président, Pierre Lescure, pour que leur dernier film, « C’est dur d’être aimé par des cons 2″, mis en chantier au lendemain même de l’attentat, mais auquel une majorité de journalistes de « Charlie » a refusé de collaborer, soit présenté sur la Croisette. A l’embarras du délégué général du Festival, Thierry Frémaux, qui a sur son bureau un autre film sur le sujet : celui de Denis Robert « Cavanna, jusqu’à l’ultime seconde j’écrirai ». Et dont Frémaux pense le plus grand bien. »

A noter que la production du film a sollicité de nombreux dessinateurs.

Après l’attentat de Charlie Hebdo, le film c’est « Dur d’être aimé par des cons » (qui avait connu une carrière désastreuse au cinéma malgré une présentation au festival de Cannes),  a été de nouveau projeté lors de divers hommages. Les producteurs ont alors déclaré que les droits seraient reversés aux victimes. Pour le 2, on n’a aucun doute sur la destination des recettes.

* L’Express a rajouté ceci à son article (toujours en ligne) : « Richard Malka a tenu à réagir à la suite de cet entrefilet, expliquant qu’il n’a participé de près ou de loin à la confection de ce film. Et donc, qu’il n’a fait le siège de quiconque.«  Il est vrai qu’on l’a très peu vu dans les médias après le 7 janvier…

MalkaTV

Illustration : affiche signée Cabu. Merci à Charlie enchaîné

Dessiner avant et après le 7 janvier

jeudi 23 avril 2015

Avant le funeste 7 janvier et le massacre à Charlie Hebdo, les dessinateurs de presse, les caricaturistes, étaient souvent invités à débattre en public sur des thèmes aussi affriolants que « Peut-on rire de tout ? » ou «  Le dessin de presse et la censure ». Et inversement.

Depuis le terrible 7 janvier ils sont invités à s’exprimer sur le thème « Dessiner après Charlie ». En dehors du fait que les dessinateurs, notamment ceux de Charlie, démontrent que c’est possible (même dans le chagrin ), on ne peut que déplorer cette nouvelle mode autour de ce métier.

ob_54a32e_ob-495b2b-caricature-affiche-table-ronD’autres thèmes pourtant ne manquent pas :

Pourquoi les médias, et surtout la presse écrite, n’utilisent-ils pas plus de dessinateurs de presse ?

Pourquoi les tarifs payés aux dessinateurs sont-ils de plus en plus dérisoires ?

Pourquoi les journaux virent-ils les vieux dessinateurs parce qu’ils leurs coûtent trop cher ?

Pourquoi les médias publient-ils des dessins de plus en plus médiocres parce que leurs auteurs travaillent quasiment gratuitement ?

La situation professionnelle des dessinateurs de presse n’était déjà pas glorieuse avant les assassinats de Charlie Hebdo, elle n’a pas changé depuis, et les journaux, en dehors des quelques titres satiriques, ne publient pas plus de dessins.

Ce serait malgré tout injuste de dire que le statut des dessinateurs n’a pas changé. Ils sont aujourd’hui les « fantassins de la démocratie » et les « symboles de la liberté d’expression ». Autant dire des héros et des invités prestigieux pour de beaux (et vains) débats et tables rondes. Si on les rémunère pour y participer, à défaut de dessiner, ils pourront en vivre. ff.