Fait d'images

le blog de françois forcadell – l'image dessinée dans l'actualité

Archive pour le mot-clef ‘Willem’

N’oublions pas Charb

mardi 18 octobre 2016

charb-2016Drôle, créatif, engagé, Charb était l’incarnation parfaite de la continuité de l’esprit Charlie Hebdo journal créé en 1969, et il s’est révélé le digne successeur des Cavanna, Gébé, Cabu, Wolinski, Siné, Willem, avec qui il a eu la chance de travailler. Lorsque Philippe Val a déserté la rédaction et s’est enfui les poches pleines, je me suis réjouis sur ce blog que l’hebdomadaire soit à nouveau entre les mains de dessinateurs renouant ainsi avec ses origines. Hélas le journal était déjà à l’agonie financière et en manque dramatique de lecteurs.

Mais jusqu’au bout, Charb se sera battu pour réaliser ce rêve de faire vivre un journal indépendant où la liberté d’expression n’avait pour seule limite que le talent de chacun. Dessinateur, pamphlétaire, Charb en avait beaucoup de talents, deux ans après sa mort ce livre lui rend enfin hommage. f.f.

“Charb – Charlie Hebdo, 1992-2015”, 336 pages, préface de Luz, éditions Les Echappés. Parution le 19 octobre 2016.

La formidable épopée de la satire en France

mercredi 28 septembre 2016

Dans « Revue de presse », album sous-titré « petite histoire des journaux satiriques et non-conformistes », on croise Charles Philipon, J.J Grandville, André Gill, Jossot, Paul Iribe, Jean-Jacques Pauvert, Siné, Pr Choron, Cavanna, et toute la bande Cabu, Gébé, Willem, Reiser, Wolinski, Carali, Delfeil de Ton, Pierre Fournier, Fred, Vuillemin, mais aussi Eric Martin, Charlie Schlingo, Lindingre, Charb. Sont également cités les journaux Bizarre, Libération, L’idiot international, Le Canard enchaîné, Charlie Hebdo, Jalons, Infos du monde, Actuel, L’Echo des Savanes, La Grosse Bertha, Le Psikopat, et Fluide glacial qui édite ce livre.

C’est dire si l’ouvrage est bien documenté. Le tout est astucieusement raconté par Toma Bletner qui a « baigné dans l’univers de la presse depuis l’enfance », et brillamment mis en images, et avec beaucoup d’humour, par Romain Dutreix.

Dans le texte de présentation de l’éditeur on peut lire : « Depuis la révolution de 1789, la France cultive une tradition journalistique mettant sans cesse à l’épreuve la liberté d’expression. C’est pourquoi la satire, l’irrévérence sont devenus un véritable sport national ! », « Revue de presse » en porte le témoignage.

La publication de cette série de strips avait débuté en 2015 dans Libération à l’initiative d’Alain Blaise, et a continué dans Fluide glacial l’année suivante.

revue-presse

Une école de la caricature à L’Estaque

lundi 26 septembre 2016

14231809-1794678700776933-3354152976687849730-o“Dès 8 ans”, devenez Cabu, Cardon, Willem, Mix & Remix, Tignous, Siné, Wolinski, Loup, Honoré, Chimulus, en 10 leçons.

Dans le cadre du sympathique « Festival International du dessin de presse de la Caricature  et de la satire » de L’Estaque qui vient de se terminer à Marseille, on a appris que :

« La mairie des 15e et 16e arrondissements de Samia Ghali (PS) a annoncé aujourd’hui la création d’une “école publique de la caricature” qui fait déjà l’objet d’un appel à projets. Concrètement, dès huit ans, les habitants du secteur pourront exercer leur trait une fois par semaine à la maison d’arrondissement de l’Estaque.

“Nous soutenons depuis quelques années le festival et au début, tout le monde n’était pas forcément d’accord. Aujourd’hui, le festival marche bien et je ne voulais pas me contenter d’un évènement, explique Samia Ghali. Je souhaitais que cela laisse une marque dans nos quartiers. Cette école, c’est un moyen – notamment chez les enfants – de développer un autre regard sur la caricature. Comme cela, on pourra bientôt proposer un festival de la caricature enfants en parallèle de l’actuel !” Et la sénatrice, qui assure avoir eu l’idée avant l’attentat de Charlie hebdo, de rêver : “Peut-être que les futurs grands caricaturistes viendront de nos quartiers !” » (Source MarsActu).

Rappelons à ceux qui s’intéressent au sujet que l’art de la satire peut difficilement « s’apprendre », que c’est un métier de francs-tireurs, une originalité qui en fait toute sa force. Sans oublier que le métier est de plus en plus sinistré avec des conditions de travail et de rémunération déplorables et le manque de supports permettant aux dessinateurs de s’exprimer. f.f.

Prochain article : “La liste des “enseignants””.

En illustration, l’affiche du festival dessinée par Gros.

Pour mémoire : Patrick Kanner, ministre de la Jeunesse et des sports, qui après le 7 janvier 2015 voulait lancer un concours de caricaturistes et, toujours à la même époque, le projet de Fondation du dessin de presse lancé par Richard Malka avocat de Charlie Hebdo qui espérait profiter selon Le Monde de “l’afflux d’argent inédit” reçu après le massacre.

Des nouvelles du “collectif” Charlie Hebdo dans Libé

mercredi 22 juin 2016

Tiens, deux pages sur Charlie Hebdo aujourd’hui dans Libération ? Quoi de nouveau ? Pas grand chose « le journal peut penser plus sereinement à l’avenir ». Sans faire de mauvais esprit, on notera juste que ce type d’article paraît à chaque fois que le journal est mis en cause (en ce moment par la femme de Michel Renaud mort dans les locaux de Charlie le 7 janvier 2015) et il faut bien que Anne Hommel, communiquante de crise (Cahuzac, DSK, Bongo) justifie son omniprésence au sein de la rédaction.

Donc, d’après Libé « l’entreprise Charlie n’appartient plus seulement à elle-même. Symbole ballotté d’injonction en injonction, au gré de ce que chaque Français voudrait qu’il devienne, le journal continue pourtant de se reconstruire dans un climat toujours lourd, mais qui semble plus serein. ». Le journal dévoile que Charlie compte encore 60 000 abonnés et qu’il se vend, d’après le directeur financier Eric Portheault, 60 000 exemplaires en kiosques chaque semaine.

ClhvGAhVAAAIEDmCôté rédaction, on lit que certains « reprochent à Riss son emprise sur l’hebdo » (il est actionnaire à 67%) et son « hommage très nuancé » à Siné, mais la vie continue, «Il y a moins de dessins tristes, constate Portheault. La preuve, on est à nouveau cités chez Ruquier le samedi soir…» Riss abonde : «Toute l’année 2015, on était sous la chape de plomb. On a dû gérer des traumatismes graves, trouver des locaux, gérer la sécurité, les dons… Tout nous renvoyait à l’attentat. En plus, on regardait arriver l’anniversaire de l’attaque avec appréhension… On a rongé notre frein pendant un an et on a vidé notre sac dans le numéro anniversaire début janvier. En franchissant ce cap, on s’est un peu libérés, le ciel s’est dégagé. Notre horizon, maintenant, c’est le journal. On a l’esprit concentré là-dessus.»

Libération constate aussi « la montée en puissance des trois dessinateurs – Juin, Foolz, Vuillemin » qui ont « pris plus de place après la tuerie, aux côtés des deux historiques, Coco et Riss. « On a retrouvé une équipe de dessinateurs à peu près potable, avec des gens qui savent tout faire, du reportage, de la satire, de l’actu, estime le directeur de la rédaction. Désormais, on n’est plus deux autour de la table le lundi [jour de bouclage du journal, ndlr], mais cinq. On a recréé du collectif. Quand on est plusieurs autour de la table, on a plus d’idées, on fait un meilleur journal. On notera seulement que Willem, présent depuis 1969 dans L’hebdo Hara-Kiri devenu Charlie Hebdo, n’est pas cité par Libé comme faisant partie des « historiques ».

Le quotidien nous apprend également que « Riss, qui travaille à une BD sur Marine Le Pen avec Richard Malka – avocat proche du journal » (sic) et « qu’il ne l’avoue pas facilement » mais « il aimerait faire revenir Luz et Catherine Meurisse, qui ont pris leurs distances avec Charlie – la seconde a seulement conservé une chronique. »

Sinon, à propos de l’ouverture du capital aux membres de la rédaction, Eric Portheault (qui en détient 23%) déclare « Dans notre réflexion, ça avance tout doucement. Il est impossible de fonctionner à deux, ce n’est pas viable. Il y a une masse d’argent considérable et la renommée à gérer. Mais ne rentreront dans le capital que des gens en qui il y a une confiance totale et réciproque. On ne veut pas transposer le bordel d’une rédaction dans l’actionnariat.» Expliquer la “confiance totale et réciproque” ce sera sans doute une nouvelle occasion pour Libération de consacrer un énième article à Charlie Hebdo.

En illustration, la Une du Charlie Hebdo n°1248, dessinée par Vuillemin.

Merci à M. C.

Une exposition Willem ET Vuillemin

vendredi 17 juin 2016

13411960_1080287108730753_3506019413730373333_oLe 25 juin sera inaugurée à La Louvière en Belgique une exposition Willem – Vuillemin. Même si on peut regretter cette nouvelle mode qui consiste à regrouper des dessinateurs qui mériteraient une exposition individuelle, il faut saluer l’événement (un peu moins l’affiche fourre-tout).

En complément de cette exposition proposée par le Musée Ianchelevici jusqu’au 4 septembre 2016, les amateurs de dessins pourront également visiter une exposition de dessins sur le thème « Le sport dans tous ses états », assister à une rencontre avec Nicolas Vadot qui évoquera le dessin de presse aujourd’hui, participer à un débat avec l’équipe du journal satirique El Batia moûrt soû, et visionner le film de 46 minutes réalisé par ACTV dans lequel Philippe Decressac s’entretient avec Willem (Libération, Charlie Hebdo, Siné mensuel) et Vuillemin (Charlie Hebdo, L’Echo des savanes, dBD).

A noter que les maîtres d’œuvre de cette exposition sont le dessinateur Philippe Decressac (Zélium, L’Echo des savanes), et Guillaume Doizy, l’historien bien connu de la caricature et du dessin de presse qui signe la préface du catalogue et présente son exposition “Le dessin de presse face à la censure”.

Musée Ianchelevici, place Communale 21, 7100 La Louvière, Belgique

Petite précision apportée par P. Decressac via Facebook : “Pour info, puisqu’il m’est permis de préciser deux ou trois couilles de mouche, l’idée finale d’exposer ensemble vient d’eux ! Et perso, je trouve particulièrement excitant cette “confrontation”… Quant à l’affiche, le côté foutraque est également une décision collective. Aucun des deux ne voulant un visuel avec deux dessins (un de chaque dessinateur) ni un seul qui “lèserait” le second, on a opté pour un beau bordel fait de détails de leurs travaux…”

Perso, je maintiens ce que j’ai écrit même si moi aussi je trouve excitante cette “confrontation” de deux de nos plus talentueux dessinateurs actuels. ff

Deuxième précision de Guillaume Doizy, reçue par mail : “Je me permets de rajouter que Philippe Decressac est le seul commissaire de l’exposition. On m’a juste demandé d’écrire des textes. Tout le mérite lui revient, ainsi bien sûr qu’aux deux dessinateurs. Le principe du dialogue entre ces deux géants si différents est je crois bien plus riche que deux expos en solo. Il y aurait eu par ailleurs peu de chance pour qu’un musée de La Louvière programme coup sur coup deux expos de dessin de presse. Pour le public belge, il y a là une très belle occasion de croiser ces DEUX dessinateurs, ce qui n’aurait pas été possible autrement.

Qui est qui, et qui fait quoi, dans le programme officiel :

Willem Vuillemin Louviere 2016

Siné (1928-2016) in memoriam

jeudi 12 mai 2016

Le Monde a annoncé la mort de Siné dans sa rubrique Culture.

En revanche aucun communiqué du ministère de la Culture et de la Communication qui doit mal connaître l’œuvre de Siné. Il leur faudra attendre la parution en septembre de “Siné graphiste” (La Martinière) pour en mesurer l’ampleur. D’après nos infos la ministre avait piscine le jour de la mort de Siné.

Hommages dessinés (entre autres) de Willem dans Libération, Camille Besse (Causette – sur Facebook), Vuillemin (Charlie Hebdo – mais vu sur Facebook) :

874140-une-libe-06052016 - copiebesse-sine13147691_1174981332521986_3870454806642802507_o

 

 

 

 

 

 

 

Man (Midi Libre), dessin proposé et dessin publié :

13178682_769377633205034_2383729785884631152_nman-sine

Autre « hommage » sur Facebook, celui de Ranson (Le Parisien) qui apparemment ne portait pas Siné dans son cœur.

ranson-sine

Dessin de Plantu (Le Monde, l’Express) :

plantu-dine

« Patron comme rédacteur en chef, il était formidable, il a jusqu’au bout gardé son verbe, ses idées, sa force d’inventivité. Il avait un jugement d’une grande sûreté. Il ne faut pas oublier que c’était un grand dessinateur, mais aussi un grand graphiste. » Geluck, collaborateur de Siné mensuel dans Libération.

« Siné, c’était mon maître, il m’a beaucoup appris. Il a toujours été plus direct qu’un caricaturiste politique normal. Il était dans le rentre-dedans, jamais dans la complaisance. Il dessinait des cons comme des cons, et ça m’attirait beaucoup. Je ne sais pas comment dire, mais on ne pouvait pas se tromper avec ses dessins. » Willem, dessinateur à Charlie Hebdo et à Siné mensuel dans Libération.

Coïncidence, Fluide glacial publie dans son dernier numéro la page de la série Revue de presse, consacrée à Jean-Jacques Pauvert éditeur historique de Siné. Dessin de Romain Dutreix.

Pauvert 6

Belle nécro d’Eric Favereau dans Libération : […] « Siné est ainsi, toujours les mots sont les plus forts. « Mourir ? Jamais ! Plutôt crever », disait-il. Ce n’était pas l’outrance qui le maintenait, c’était la vie, la belle et grosse vie, celle qui déborde de tous côtés. »

[…] « On a, ici, sur ce site, une petite histoire avec Siné. D’abord, l’affaire fut, tout l’été 2008, notre première « affaire », une de celles qu’on doit suivre heure par heure, minute par minute, avec pétitions, attaques, soutiens. A la rentrée, Siné était sur le plateau, émission qui me valut par la suite de m’entendre hurler au téléphone par Val  : « désormais, vous avez en moi un ennemi personnel » […] Daniel Schneidermann sur ArretsurImages.net et L’Obs avec Rue89.

[…] « Tous les dessinateurs de presse d’aujourd’hui te doivent quelque chose. Tu as été un des pionniers qui leur ont montré le chemin de la liberté. Tu étais un maître. Exigeant envers toi-même. Tes affiches, tes illustrations, ton autobiographie dont tu étais en train de peaufiner le dernier tome («Ma vie, mon œuvre, mon cul»), tu n’as rien fait qui ne fût du genre parfait. » […] Delfeil de Ton sur Bibliobs

Tout comme pour le cercueil de Tignous en janvier 2015, le cercueil de Siné a été « décoré » par les dessinateurs, notamment ceux de Siné mensuel.

Cercueil Sine

De nombreux dessinateurs étaient présents au cimetière Montmartre : Tardi, Jiho, Berth, Lacombe, Eric Martin, Desclozeaux, Puig Rosado, Willem, Jul, Krokus, Camille Besse, Marine, Nadia Khiari, Faujour, Gros, Mric, Lasserpe, Plantu, Lindingre, Rémi Malingrëy, Bridenne, Geluck, Pakman, Avoine, Jy, Gondot, Poussin, Carali, Solé, Aranega, Hugot, Kianoush Ramezani (entre autres sans doute).

Charlie Hebdo a envoyé une couronne au cimetière Montmarte, publié un petit encadré sur Siné signé de son directeur Riss, et des dessins de Foolz, Willem, Vuillemin. Coco sur Twitter à écrit : « Que cette pute de mort aille se faire foutre et que @sinemensuel continue ! BANZAï ».

13219825_10207651782187259_282642208_n

Guy Bedos a regretté publiquement l’absence de Philippe Val à l’enterrement. C’était de l’humour.

Le Huffington Post, Le Parisien, on publié sur leur site Internet des images de la journée du 11 mai et des obsèques de Siné.

Un numéro spécial de Siné mensuel retraçant sur 40 pages les grands moments de la vie de Siné paraîtra le 18 mai 2016. C’est lui-même qui en avait préparé la couverture quelques jours avant sa mort le 5 mai 2016.

Vendredi 13 mai 2016, le film “Mourir Plutôt crever !” de Stéphane Mercurio, sera projeté à 21h 30, Place de la République dans le cadre de Nuit debout.