Fait d'images

le blog de françois forcadell – l'image dessinée dans l'actualité

Archive pour la catégorie ‘Edition’

Pour ceux qui s’intéressent vraiment au dessin de presse

dimanche 8 décembre 2019

Enfin un livre sur l’envers du décor du métier de dessinateur de presse. Loin des « fantassins  de la démocratie » et des dessinateurs auto-proclamés qui hantent depuis le 7 janvier 2015 les manifestations supposées valoriser ce moyen d’expression, Fabienne Desseux a rassemblé des témoignages de professionnels qui tous exercent leur passion sur divers supports et de façons différentes, une pluralité qui donne tout son intérêt à ce livre. Atout supplémentaire les textes sont accompagnés d’une bonne sélection de dessins.

Précision : même si le site Iconovox héberge depuis 2006 mon blog Fait d’Images, je suis totalement indépendant du remarquable travail que mène James Tanay notamment avec les éditions Iconovox.

Le livre est disponible sur le site des éditions Iconovox

Sempé monument vivant international

vendredi 31 mai 2019

Sempé n’est pas mort, ni embaumé de son vivant comme aurait pu le laisser croire la Une de M Magazine avec cette étonnante photo datée de 2017 signée Brigitte Lacombe. Sempé a 86 ans, il est toujours parmi nous, et c’est tant mieux car il peut profiter pleinement des nombreux hommages qui lui sont rendus, lui que Le Monde a qualifié de « monument national » :

Les hommages de la Fondation Louis Vuitton qui fin mars à célébré les 60 ans du Petit Nicolas et celui de Paris Match avec son numéro hors-série également consacré à l’anniversaire du personnage créé avec René Goscinny.

L’hommage de la mairie de Paris avec un mur peint située à l’angle du boulevard des Filles du Calvaire et la rue Sébastien Froissart (75011) inauguré le 16 février en présence de Sempé. Le dessin a été exécuté par Jean-Marie Havan. Sans oublier plusieurs dessins de Sempé affichés dans plusieurs colonnes Morris de la capitale.

L’hommage du cinéma à travers l’adaptation de son album Raoul Taburin. Si le film n’a pas rempli les salles il aura au moins permis à quelques journalistes de découvrir l’existence d’un des plus grands dessinateurs d’humour actuels. L’album Raoul Taburin paru en 1995 vient d’être réédité par Denoël.

L’hommage à son parcours professionnel avec la parution de l’album “Itinéraire d’un dessinateur d’humour”. Celui-ci est édité par celle qui a pris en main la destinée artistique et éditoriale de Sempé, Martine Gossieaux. Même si l’ouvrage eut mérité un meilleur papier il retrace, avec de très nombreux dessins et la complicité de Marc Lecarpentier pour la préface et les textes, les 70 ans de métier d’un auteur exigeant et immensément talentueux. 39 euros.

Enfin l’hommage, et il faut espérer que ce ne sera pas le dernier en 2019, que lui rendent Bordeaux, sa ville natale, et le Musée Mer Marine, avec une grande exposition “Sempé en liberté” présentant plus de 300 dessins originaux et dont l’ouvrage précédemment cité fait office de catalogue officiel. Jusqu’au 6 octobre 2019 au Musée Mer Marine, 89 Rue des Étrangers, 33300 Bordeaux.

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dimanche 26 mai 2019

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jeudi 15 novembre 2018

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Luz, le dessin et Charlie Hebdo

lundi 5 novembre 2018

 

Maintes fois je l’ai écrit, la création, la vie d’un journal est une aventure extraordinaire. Sa conception, la constitution d’une équipe, la rencontre avec le lecteur. Une aventure collective, mais aussi personnelle. Celle de Luz est racontée dans Les indélébiles (excellent titre) paru aux fidèles éditions Futuropolis. 23 ans passés au sein de la rédaction de Charlie Hebdo, titre mythique ressuscité en 1992. Son arrivée à Paris, sa rencontre à 20 ans avec Cabu, ses potes, Charb, Tignous, Riss, Catherine Meurisse, Honoré, d’autres, et toujours l’omniprésent Gébé en filigrane.

Des souvenirs heureux, amusés, d’un temps où « on a fait un journal marrant », et au sein duquel il a appris son métier entouré de ses « références : Gébé, Cabu, Willem, Wolinski ». Un idéal brutalement interrompu par le massacre d’une partie de la rédaction le 7 anvier 2015.

« Luz raconte Charlie » titre l’hebdomadaire qui dans son numéro 1371 lui consacre un supplément promotionnel de 16 pages. A la vérité Luz raconte « son » Charlie, celui des moments qui ont imprimé sa mémoire. Pas tous. Luz à choisi de ne pas attiser l’évocation des conflits internes qui ont émaillé cette période, exit le départ de Lefred-Thouron, suite à l’affaire Font, rien sur la dévastatrice affaire Siné, encore moins sur le patron carriériste Philippe Val et les dommages qu’il a infligé au titre. Luz n’a semble-t-il pas voulu abimer ses souvenirs, il le reconnaît « Je ne parle pas des engueulades, parce que ça a été suffisamment abordé dans d’autres bouquins ». A noter que l’ancien directeur est totalement absent du bouleversant dernier chapitre.

Eloigné de la presse mais pas du dessin, sujet essentiel de cet album (l’épisode de l’iPad de Tignous est hilarant), Luz, Renald Luzier, a besoin de se reconstruire, moralement, psychologiquement, lui qui a échappé fortuitement à une mort terrible. Après Catharsis, ce livre est une avancée supplémentaire. Ce sera sans doute encore long, mais si chaque étape nous offre un livre aussi fort que Les indélébiles il est sur le bon chemin. f.f.

Une petite histoire de La Grosse Bertha

Beaucoup de ceux qui me fréquentent depuis longtemps savent que je n’ai pas l’habitude de me mettre en avant dans ce que j’entreprends avec les dessinateurs. Mais il y a une chose que je ne laisserai pas dire, et encore moins laisser croire, c’est que Philippe Val a eu une quelconque part dans la création en 1991 de l’hebdomadaire La Grosse Bertha. Ce projet de journal satirique je le portais depuis plusieurs années et il a pris forme avec l’appui de Cabu et de l’éditeur Jean-Cyrille Godefroy.

Nos moyens étaient dérisoires, des photocopies pour la photogravure, mon ordinateur personnel, un Mac Plus, pour les textes, mon fax pour recevoir les dessins, et pendant plusieurs semaines, outre ma fonction de rédacteur en chef, j’ai fait office de secrétaire de rédaction, et j’ai composé moi-même tous les titres des 12 pages à l’aide de lettres transfert. Avant l’envoi du n°1 chez l’imprimeur j’ai passé une longue nuit blanche seul à relire les textes, maquetter les dessins, faire les corrections. J’étais déjà depuis plus de 24 heures dans cette cave de la rue Quincampoix qui faisait office de bureaux. Seul, à m’assurer que le journal était tel qu’il devait paraître.

Je rêvais de faire un journal de dessinateurs et il était là. J’en ai choisi la mise en page, le papier, et l’équipe de dessinateurs. Il suffit de feuilleter les premiers numéros pour voir que tous ceux que j’avais contactés avaient répondu présent, Cabu bien sûr, mais aussi Gébé, Willem, Siné, Nicoulaud, Cardon, Wolinski, Kerleroux, Vuillemin, Loup, et même Bernar, Honoré, Lefred-Thouron, Tignous, Berth, Kafka, Plantu, Pessin, Faujour et Charb aussi. J’avais même demandé que les dessinateurs mensualisés soient mieux payés que les rédacteurs. C’est dire l’importance que je leur accordais.

Pendant les trois premiers mois où j’ai été à la tête du journal il m’est souvent arrivé de privilégier des dessins en grand format plutôt que des articles pas drôles. Parmi ceux-là il y avait bien évidemment ceux de Philippe Val (arrivé là dans la besace de Cabu) – la guerre c’est mal -, que je coupais de moitié ou qui se perdait opportunément dans les entrailles de l’unique ordinateur. Très vite La Grosse Bertha – dont le n°1 ne devait être qu’un one shot pour tester notre capacité à faire un journal – a rassemblé suffisamment de lecteurs pour continuer à paraître.

Un succès qui a du donner à Philippe Val l’idée de le diriger. Il a d’ailleurs très vite tenté de le faire, mutique ou absent des comités de rédaction, il contactait dans mon dos les membres de l’équipe, flattant les uns, encourageant les autres (qui me le racontaient). Jusqu’au jour où sans doute lassé de voir ses textes brillants, ne pas faire office d’éditorial, ou relégués au fond du journal, il a convaincu son indéfectible ami Cabu que l’hebdomadaire se devait d’avoir deux rédacteurs en chef. Dont un dédié aux textes, devinez qui était pressenti ? Une tentative de putsch assez désagréable, le journal continuait à bien se vendre, une situation intenable pour moi qui m’a valu (après, je l’avoue aujourd’hui, une remarque insolente de ma part) une colère mémorable – dixit Gébé – du gentil Cabu.

J’ai alors donné ma démission et je suis parti – épuisé par trois mois sous pression –mais laissant un journal en état de marche et dont tous les collaborateurs étaient payés. Il m’était impossible de continuer sans avoir la confiance de Cabu – mon idole depuis l’âge de 15 ans – sachant de surcroit qu’il soutenait hélas l’ambition démesurée de Val. Cet arrivisme sera contrecarré par le reste de l’équipe, Henri Montant (Arthur) en tête, qui pendant plusieurs mois l’empêchera d’accéder aux commandes. Lorsqu’il les obtiendra enfin, les ventes de La Grosse Bertha dégringoleront et Jean-Cyrille Godefroy cherchera à reprendre la main sur son journal. La suite on la connaît avec la reparution de Charlie Hebdo.

Voilà, c’est juste une mise au point, Philippe Val a toujours fait carrière en manipulant, en trompant, en volant, en trahissant, tous ceux qui ont servi sa carrière, autant il a réussi à faire revivre Charlie Hebdo et à piller ses caisses, autant une chose est incontestable, il n’est pour rien, vraiment rien, dans la création de La Grosse Bertha et je tenais à l’écrire.

Les dessins ci-dessous qui illustrent ce texte sont extraits de Indélébiles le dernier livre de Luz paru chez Futuropolis.

Choron revient (en librairie)

mercredi 26 septembre 2018

La vie du Professeur Choron paraît totalement invraisemblable. Pourtant tout est vrai dans “Vous me croirez si vous voulez” (éditions Wombat), de son enfance à son passage à l’armée et en Indochine, jusqu’à la folle aventure de la création d’Hara-Kiri mensuel, des éditions du Square, et de Charlie Hebdo terminée en 1981. Georget Bernier raconte tout, dans les détails, y compris comment il a sauvé Hara-Kiri en devenant le gigolo d’une milliardaire de 75 ans. Aimé, détesté, incompris, mais bourré de talents multiples, Choron a été un « un artificier fou de haut vol. Intransigeant. Noble. Céleste » comme l’écrit Jean-Marie Gourio co-auteur de ce récit.
Ce livre est la réédition de “Vous me croirez si vous voulez ” paru en 1993 (Flammarion). Cette nouvelle édition comporte de nombreuses photos et le récapitulatif des journaux, revues, livres que le Professeur Choron/Georget Bernier a contribué à faire paraître, de Zéro à La Mouise, en passant par Surprise, ou Grodada. Entre autres.

Dessin de couverture Kiki Picasso d’après une photo d’Arnaud Baumann.