Fait d'images

le blog de françois forcadell – l'image dessinée dans l'actualité

Archive pour le mot-clef ‘Riss’

L’affaire de la caricature antisémite de Macron

vendredi 17 mars 2017

Avec l’affaire de la caricature antisémite d’Emmanuel Macron, le candidat à la Présidentielle François Fillon semble s’être offert une campagne de communication à peu de frais, fustigeant et sanctionnant publiquement ses équipes.

caricature-de-macron-publiee-ce-vendredi-sur-le-compte-twitter-officiel-de-les-republicains_5841215En effet, il n’y a rien d’antisémite dans ce dessin d’E.Macron sorti de son contexte pour illustrer un graphique publié par le parti Le Républicains. Les médias ont vite monté « l’affaire » en mayonnaise répétant à l’envi que ce dessin était antisémite. Le Figaro écrit : « Censé incarné l’offensive de la droite contre Emmanuel Macron, un visuel diffusé vendredi sur le compte Twitter des Républicains a provoqué l’indignation des internautes. En représentant Emmanuel Macron en banquier en haut de forme et au nez crochu, faucille soviétique en main, le parti de François Fillon voulait dénoncer son passé dans la finance et les nombreux ralliements venus de la gauche, notamment de l’ancien premier secrétaire du Parti communiste, Robert Hue. Mais les internautes y ont vu une ressemblance avec les caricatures antisémites des années 30. »

Et L’Express en rajoute : « De nombreux internautes et commentateurs trouvent que le dessin reprend les codes visuels de l’antisémitisme des années 30. Et ce, d’autant plus qu’Emmanuel Macron a été banquier d’affaires de 2008 à 2012 chez la banque d’affaires Rothschild, souvent ciblée par des écrits antisémites. » (sic)

Xav MacronOr si l’on regarde l’original d’où a été tiré ce dessin (ci-contre), le dessinateur représente un Macron habillé en patron qui commente le ralliement d’un communiste à son mouvement. Si le dessinateur utilise les stéréotypes du chapeau claque et du cigare aucun autre élément n’évoque une allusion antisémite.

Quant à la forme du nez elle cherche juste à être caricaturale à partir du modèle. Kerleroux dessinateur du Canard enchaîné racontait qu’il y a quelques années il recevait des lettres d’insultes lorsqu’il représentait sans aucune arrière pensée un patron avec un nez par trop busqué ou bourbonien.

Désormais il faudra se faire à l’idée (ou pas) que les dessins de presse sont mal lus, interprétés, et manipulés pour en faire des sujets à polémiques. On l’a vu ces derniers temps avec Charlie Hebdo (dessins de Riss, Félix) accusé de tous les maux juste pour avoir fait de l’humour, un peu noir, sur des faits d’actualité. L’étau du politiquement correct se resserre doucement sur la satire un des derniers symboles de la liberté d’expression, il faudrait peut-être garder nos indignations pour de vrais motifs.

Xav dessine pour le site Internet de Les Républicains où il est présenté ainsi : « Xav est dessinateur de presse depuis plus de 20 ans. Il a travaillé pour la presse, pour l’édition, pour des sites Internet et pour de nombreux blogs. »

C6kYm2qWYAA_LFsIronie de la chose on peut lire quelques lignes au-dessus : « C’est parce que les événements peuvent être graves et que leur interprétation est souvent complexe qu’il faut savoir en rire. Cette rubrique sera régulièrement illustrée pour vous offrir un regard original et impertinent sur l’actualité qu’elle soit politique, sociale, économique mais aussi culturelle, médiatique et internationale. »

Au final, le dessin a été remplacé par une photo.

Merci à E.L.

Post-trauma

mardi 11 octobre 2016

calme-et-tranquilleNe pas se fier au titre. « Calme et tranquille » (Le Tripode), parle de proches disparus, de suicide, d’amour, d’amants, d’escapades stambouliotes passionnées, de mort.

Certains traduisent leurs émotions et leur désarroi par le dessin, d’autres optent pour le silence ou la psychanalyse, Valérie Manteau a choisi l’écriture. Une écriture sensible pour exprimer l’indicible, apaiser le chagrin. Des mots pour circonscrire le « sentiment de douleur ».

L’auteure en est sûrement consciente, on lui parlera inévitablement (ce que je fais) de Cabu, Wolinski, Laurent Léger, Charb, Gébé, Riss, Tignous, Catherine, Bernard Maris, Patrick Pelloux, Mustapha Ourrad, Luz, Honoré, que l’on croise dans ces pages. Autant de personnages de cette « fraternité » qui a embellit sa vie à Charlie Hebdo. Mais, il ne faut pas se méprendre, ce beau texte est avant tout l’histoire d’une jeune femme brillante confrontée à « l’universelle douleur humaine ».

Extrait :

[…] Je voudrais que vous sachiez que ce que vous avez vécu, tout ça… C’est pas ça la vie.

Je grince des dents. Mais qu’est-ce qu’elle raconte. Qu’elle se taise. Qu’elle se taise j’ai trop besoin d’elle pour qu’elle ruine tout avec des mots trop légers à la surface de la réalité brute, violente, la réalité qui n’a demandé l’avis de personne pour être la simple et idiote réalité de la vie, quoi qu’elle en dise.

Il faut vous dire qu’ils sont morts comme ils ont voulu vivre, libres… […]

Le dessin de presse en débats

dimanche 18 septembre 2016

nszh-couvgallimard-1Alors que de moins en moins de journaux en France publient du dessin de presse, que ceux qui exercent ce métier ont de plus en plus de mal à en vivre, on continue malgré tout à débattre autour du thème le « pouvoir du dessin de presse ».

Ce sera le cas à l’Opéra Bastille le dimanche 18 septembre 2016 à 11h dans le cadre du Monde Festival. Le débat, animé par Plantu, réunira Michel Kichka (Israël), Willis from Tunis (Tunisie) et Firoozeh Mozaffari (Iran). La dessinatrice Louison (France) illustrera le débat en direct.

A noter aussi, toujours à l’Opéra Bastille, que l’association Cartooning for Peace qui fêtera ses 10 ans en octobre, présente du 16 au 19 septembre l’exposition “Les dessinateurs de presse en première ligne”, sur le thème de la censure.

Autre événement autour de Cartooning for Peace, la parution le 21 septembre du livre « “Le dessin de presse dans tous ses Etats » (Gallimard) qui fait suite au colloque organisé à Paris le 21 septembre 2015. On y retrouve les interventions de Hélé Béji, Jean-François Colosimo, Régis Debray, Jean-Paul Delevoye, Harlem Désir, Delphine Horvilleur, Jean-Noël Jeanneney, Georges Kiejman, Jack Lang, Pascal Ory, Christiane Taubira, Najat Vallaud-Belkacem, et les dessinateurs Bonil, Chappatte, Elchicotriste, Glez, Khalil, Kichka, Kroll, Plantu, Rayma, Lars Refn, Riss, Slim, Vadot, Willis from Tunis, Zohoré, Zuna.

En illustration le dessin de couverture signé Plantu.

Rien n’échappait à Cabu

jeudi 15 septembre 2016

9782357661264Sans conteste, Cabu est un des plus grands dessinateurs de presse français du 20ème siècle. Caricature, reportage, dessin d’humour, bande dessinée, la palette de ses talents est très large. On peut encore le constater avec la parution de « Cabu s’est échappé ! » (Les Echappés), un album qui rassemble plus de 1000 esquisses de dessins réalisées de 1969 à 2015 pour la rubrique de Charlie Hebdo, « Les couvertures auxquelles vous avez échappé ».

Extrait du texte de présentation de Riss :

 […] « Pendant des années, tous les lundis, Cabu a été présent à la table de la salle de rédaction. Sa place était toujours la même, facile à identifier puisqu’à l’endroit où il s’asseyait, les traits noirs de ses feutres avaient traversé les feuilles et s’étaient incrustés dans le bois de la table. L’odeur de ses feutres était si forte qu’on la sentait jusqu’à l’autre bout du bureau. Cabu avait toujours un petit carton à dessins qu’il sortait de sa musette, posait sur ses genoux, entrouvrait et duquel il sortait des feuilles pliées en deux où il avait noté des informations glanées dans les médias durant la semaine écoulée, ainsi que les idées qu’elles lui avaient suggérées. Quand on était un peu à sec, on se tournait vers Cabu pour lui demander s’il n’avait pas dans sa musette magique des trucs qu’il avait repérés, qui nous avaient échappé, et qui auraient pu nous inspirer une « bonne » couverture. Car Cabu était à la fois un formidable dessinateur et un vrai journaliste. »  […]

Une exposition consacrée à cet album sera présentée dans le cadre du 35ème Festival international de la caricature et du dessin de presse et d’humour de St Just-le-Martel, du 1er au 9 octobre 2016.

Des nouvelles du “collectif” Charlie Hebdo dans Libé

mercredi 22 juin 2016

Tiens, deux pages sur Charlie Hebdo aujourd’hui dans Libération ? Quoi de nouveau ? Pas grand chose « le journal peut penser plus sereinement à l’avenir ». Sans faire de mauvais esprit, on notera juste que ce type d’article paraît à chaque fois que le journal est mis en cause (en ce moment par la femme de Michel Renaud mort dans les locaux de Charlie le 7 janvier 2015) et il faut bien que Anne Hommel, communiquante de crise (Cahuzac, DSK, Bongo) justifie son omniprésence au sein de la rédaction.

Donc, d’après Libé « l’entreprise Charlie n’appartient plus seulement à elle-même. Symbole ballotté d’injonction en injonction, au gré de ce que chaque Français voudrait qu’il devienne, le journal continue pourtant de se reconstruire dans un climat toujours lourd, mais qui semble plus serein. ». Le journal dévoile que Charlie compte encore 60 000 abonnés et qu’il se vend, d’après le directeur financier Eric Portheault, 60 000 exemplaires en kiosques chaque semaine.

ClhvGAhVAAAIEDmCôté rédaction, on lit que certains « reprochent à Riss son emprise sur l’hebdo » (il est actionnaire à 67%) et son « hommage très nuancé » à Siné, mais la vie continue, «Il y a moins de dessins tristes, constate Portheault. La preuve, on est à nouveau cités chez Ruquier le samedi soir…» Riss abonde : «Toute l’année 2015, on était sous la chape de plomb. On a dû gérer des traumatismes graves, trouver des locaux, gérer la sécurité, les dons… Tout nous renvoyait à l’attentat. En plus, on regardait arriver l’anniversaire de l’attaque avec appréhension… On a rongé notre frein pendant un an et on a vidé notre sac dans le numéro anniversaire début janvier. En franchissant ce cap, on s’est un peu libérés, le ciel s’est dégagé. Notre horizon, maintenant, c’est le journal. On a l’esprit concentré là-dessus.»

Libération constate aussi « la montée en puissance des trois dessinateurs – Juin, Foolz, Vuillemin » qui ont « pris plus de place après la tuerie, aux côtés des deux historiques, Coco et Riss. « On a retrouvé une équipe de dessinateurs à peu près potable, avec des gens qui savent tout faire, du reportage, de la satire, de l’actu, estime le directeur de la rédaction. Désormais, on n’est plus deux autour de la table le lundi [jour de bouclage du journal, ndlr], mais cinq. On a recréé du collectif. Quand on est plusieurs autour de la table, on a plus d’idées, on fait un meilleur journal. On notera seulement que Willem, présent depuis 1969 dans L’hebdo Hara-Kiri devenu Charlie Hebdo, n’est pas cité par Libé comme faisant partie des « historiques ».

Le quotidien nous apprend également que « Riss, qui travaille à une BD sur Marine Le Pen avec Richard Malka – avocat proche du journal » (sic) et « qu’il ne l’avoue pas facilement » mais « il aimerait faire revenir Luz et Catherine Meurisse, qui ont pris leurs distances avec Charlie – la seconde a seulement conservé une chronique. »

Sinon, à propos de l’ouverture du capital aux membres de la rédaction, Eric Portheault (qui en détient 23%) déclare « Dans notre réflexion, ça avance tout doucement. Il est impossible de fonctionner à deux, ce n’est pas viable. Il y a une masse d’argent considérable et la renommée à gérer. Mais ne rentreront dans le capital que des gens en qui il y a une confiance totale et réciproque. On ne veut pas transposer le bordel d’une rédaction dans l’actionnariat.» Expliquer la “confiance totale et réciproque” ce sera sans doute une nouvelle occasion pour Libération de consacrer un énième article à Charlie Hebdo.

En illustration, la Une du Charlie Hebdo n°1248, dessinée par Vuillemin.

Merci à M. C.

Siné (1928-2016) in memoriam

jeudi 12 mai 2016

Le Monde a annoncé la mort de Siné dans sa rubrique Culture.

En revanche aucun communiqué du ministère de la Culture et de la Communication qui doit mal connaître l’œuvre de Siné. Il leur faudra attendre la parution en septembre de “Siné graphiste” (La Martinière) pour en mesurer l’ampleur. D’après nos infos la ministre avait piscine le jour de la mort de Siné.

Hommages dessinés (entre autres) de Willem dans Libération, Camille Besse (Causette – sur Facebook), Vuillemin (Charlie Hebdo – mais vu sur Facebook) :

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Man (Midi Libre), dessin proposé et dessin publié :

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Autre « hommage » sur Facebook, celui de Ranson (Le Parisien) qui apparemment ne portait pas Siné dans son cœur.

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Dessin de Plantu (Le Monde, l’Express) :

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« Patron comme rédacteur en chef, il était formidable, il a jusqu’au bout gardé son verbe, ses idées, sa force d’inventivité. Il avait un jugement d’une grande sûreté. Il ne faut pas oublier que c’était un grand dessinateur, mais aussi un grand graphiste. » Geluck, collaborateur de Siné mensuel dans Libération.

« Siné, c’était mon maître, il m’a beaucoup appris. Il a toujours été plus direct qu’un caricaturiste politique normal. Il était dans le rentre-dedans, jamais dans la complaisance. Il dessinait des cons comme des cons, et ça m’attirait beaucoup. Je ne sais pas comment dire, mais on ne pouvait pas se tromper avec ses dessins. » Willem, dessinateur à Charlie Hebdo et à Siné mensuel dans Libération.

Coïncidence, Fluide glacial publie dans son dernier numéro la page de la série Revue de presse, consacrée à Jean-Jacques Pauvert éditeur historique de Siné. Dessin de Romain Dutreix.

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Belle nécro d’Eric Favereau dans Libération : […] « Siné est ainsi, toujours les mots sont les plus forts. « Mourir ? Jamais ! Plutôt crever », disait-il. Ce n’était pas l’outrance qui le maintenait, c’était la vie, la belle et grosse vie, celle qui déborde de tous côtés. »

[…] « On a, ici, sur ce site, une petite histoire avec Siné. D’abord, l’affaire fut, tout l’été 2008, notre première « affaire », une de celles qu’on doit suivre heure par heure, minute par minute, avec pétitions, attaques, soutiens. A la rentrée, Siné était sur le plateau, émission qui me valut par la suite de m’entendre hurler au téléphone par Val  : « désormais, vous avez en moi un ennemi personnel » […] Daniel Schneidermann sur ArretsurImages.net et L’Obs avec Rue89.

[…] « Tous les dessinateurs de presse d’aujourd’hui te doivent quelque chose. Tu as été un des pionniers qui leur ont montré le chemin de la liberté. Tu étais un maître. Exigeant envers toi-même. Tes affiches, tes illustrations, ton autobiographie dont tu étais en train de peaufiner le dernier tome («Ma vie, mon œuvre, mon cul»), tu n’as rien fait qui ne fût du genre parfait. » […] Delfeil de Ton sur Bibliobs

Tout comme pour le cercueil de Tignous en janvier 2015, le cercueil de Siné a été « décoré » par les dessinateurs, notamment ceux de Siné mensuel.

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De nombreux dessinateurs étaient présents au cimetière Montmartre : Tardi, Jiho, Berth, Lacombe, Eric Martin, Desclozeaux, Puig Rosado, Willem, Jul, Krokus, Camille Besse, Marine, Nadia Khiari, Faujour, Gros, Mric, Lasserpe, Plantu, Lindingre, Rémi Malingrëy, Bridenne, Geluck, Pakman, Avoine, Jy, Gondot, Poussin, Carali, Solé, Aranega, Hugot, Kianoush Ramezani (entre autres sans doute).

Charlie Hebdo a envoyé une couronne au cimetière Montmarte, publié un petit encadré sur Siné signé de son directeur Riss, et des dessins de Foolz, Willem, Vuillemin. Coco sur Twitter à écrit : « Que cette pute de mort aille se faire foutre et que @sinemensuel continue ! BANZAï ».

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Guy Bedos a regretté publiquement l’absence de Philippe Val à l’enterrement. C’était de l’humour.

Le Huffington Post, Le Parisien, on publié sur leur site Internet des images de la journée du 11 mai et des obsèques de Siné.

Un numéro spécial de Siné mensuel retraçant sur 40 pages les grands moments de la vie de Siné paraîtra le 18 mai 2016. C’est lui-même qui en avait préparé la couverture quelques jours avant sa mort le 5 mai 2016.

Vendredi 13 mai 2016, le film “Mourir Plutôt crever !” de Stéphane Mercurio, sera projeté à 21h 30, Place de la République dans le cadre de Nuit debout.