Fait d'images

le blog de françois forcadell – l'image dessinée dans l'actualité

Archive pour le mot-clef ‘Luz’

Des nouvelles de Luz

jeudi 26 janvier 2017

PuppyA l’occasion de la parution de “Puppy” (Glénat) album graphiquement magnifique mais qui va sûrement en décontenancer plus d’un, le dessinateur Luz a accordé une interview à Europe 1. Il y parle de ce livre, des commémorations du 7 janvier 2015, et de ses projets. Extraits :

[…] Vous revenez en librairie avec Puppy, comment est né ce projet ?
“C’est un projet qui date d’à peu près six ans et qui n’était pas un projet à la base. C’était juste une espèce de lubie que j’avais, de dessiner le cimetière des chiens d’Asnières, dans les Hauts-de-Seine. Il y avait cette envie de raconter l’ambiance d’un cimetière qui n’est pas un cimetière humain et dans lequel, moi, je me reconnaissais, et où, étonnement, on ne s’identifie pas à ceux qui sont sous la terre. Et puis il y a eu le bordel qu’on connaît. Je me suis retrouvé avec une trentaine de pages qui était déjà faite. Et à un moment, je me suis dit : “Merde, il ne faut pas que je l’oublie”. Il fallait que je mène cette histoire jusqu’au bout. […]

[…] Pour résumer, quand vient l‘approche de l’anniversaire, en ce qui me concerne, je ferme les fenêtres, mes fenêtres mentales. Une semaine avant et une semaine après. Ensuite je rouvre, j’aère et puis je regarde devant. […]

[…] Quels sont vos projets pour la suite ?
En avril, je vais sortir une anthologie de tout mon travail sur la musique : des croquis de concerts, des planches entières qui étaient dans Magic, dans Trax, dans Charlie Hebdo. C’est important car c’est aussi une période révolue : je ne peux plus aller dessiner dans les concerts car c’est compliqué. Je regarde ce bouquin comme un témoignage sur mon travail, mais aussi comme un témoignage sur la musique. Ça va s’appeler Alive, comme le concert, comme “être vivant”, comme un album de Daft Punk aussi ! C’est un projet important qui est déjà terminé.”[…]

N’oublions pas Charb

mardi 18 octobre 2016

charb-2016Drôle, créatif, engagé, Charb était l’incarnation parfaite de la continuité de l’esprit Charlie Hebdo journal créé en 1969, et il s’est révélé le digne successeur des Cavanna, Gébé, Cabu, Wolinski, Siné, Willem, avec qui il a eu la chance de travailler. Lorsque Philippe Val a déserté la rédaction et s’est enfui les poches pleines, je me suis réjouis sur ce blog que l’hebdomadaire soit à nouveau entre les mains de dessinateurs renouant ainsi avec ses origines. Hélas le journal était déjà à l’agonie financière et en manque dramatique de lecteurs.

Mais jusqu’au bout, Charb se sera battu pour réaliser ce rêve de faire vivre un journal indépendant où la liberté d’expression n’avait pour seule limite que le talent de chacun. Dessinateur, pamphlétaire, Charb en avait beaucoup de talents, deux ans après sa mort ce livre lui rend enfin hommage. f.f.

“Charb – Charlie Hebdo, 1992-2015”, 336 pages, préface de Luz, éditions Les Echappés. Parution le 19 octobre 2016.

Fait d’Images sur Facebook

jeudi 13 octobre 2016

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Post-trauma

mardi 11 octobre 2016

calme-et-tranquilleNe pas se fier au titre. « Calme et tranquille » (Le Tripode), parle de proches disparus, de suicide, d’amour, d’amants, d’escapades stambouliotes passionnées, de mort.

Certains traduisent leurs émotions et leur désarroi par le dessin, d’autres optent pour le silence ou la psychanalyse, Valérie Manteau a choisi l’écriture. Une écriture sensible pour exprimer l’indicible, apaiser le chagrin. Des mots pour circonscrire le « sentiment de douleur ».

L’auteure en est sûrement consciente, on lui parlera inévitablement (ce que je fais) de Cabu, Wolinski, Laurent Léger, Charb, Gébé, Riss, Tignous, Catherine, Bernard Maris, Patrick Pelloux, Mustapha Ourrad, Luz, Honoré, que l’on croise dans ces pages. Autant de personnages de cette « fraternité » qui a embellit sa vie à Charlie Hebdo. Mais, il ne faut pas se méprendre, ce beau texte est avant tout l’histoire d’une jeune femme brillante confrontée à « l’universelle douleur humaine ».

Extrait :

[…] Je voudrais que vous sachiez que ce que vous avez vécu, tout ça… C’est pas ça la vie.

Je grince des dents. Mais qu’est-ce qu’elle raconte. Qu’elle se taise. Qu’elle se taise j’ai trop besoin d’elle pour qu’elle ruine tout avec des mots trop légers à la surface de la réalité brute, violente, la réalité qui n’a demandé l’avis de personne pour être la simple et idiote réalité de la vie, quoi qu’elle en dise.

Il faut vous dire qu’ils sont morts comme ils ont voulu vivre, libres… […]

Humour, stupeur et tremblements

samedi 3 septembre 2016

Charlie-Hebdo-vignetta-terremoto-ItaliaLes médias italiens et français se font largement l’écho des réactions suscitées par un dessin publié par Charlie Hebdo sur le dernier tremblement de terre en Italie. Félix, son auteur, se fait d’ailleurs un malin plaisir de les recenser sur son compte Facebook.

Charlie Hebdo déjà sous protection policière permanente depuis janvier 2015, est aussi désormais scruté par des milliers de personnes qui sous prétexte d’avoir arboré le slogan à géométrie variable « Je suis Charlie » s’arrogent aujourd’hui le droit de déterminer son contenu éditorial.

Oui on peut rire de tout, et depuis des siècles le malheur a toujours été un terreau favorable à l’humour, l’humour noir, la satire, la caricature. La liberté d’expression doit rester pleine et entière, et pour l’humour, chacun a toute liberté de l’apprécier, ou pas. ff

Ci-dessous une page de Luz publiée dans le Charlie Hebdo n°1209 du 23 septembre 2015.

1209-02-Luz-DessinsatiriqueWeb

Des nouvelles du “collectif” Charlie Hebdo dans Libé

mercredi 22 juin 2016

Tiens, deux pages sur Charlie Hebdo aujourd’hui dans Libération ? Quoi de nouveau ? Pas grand chose « le journal peut penser plus sereinement à l’avenir ». Sans faire de mauvais esprit, on notera juste que ce type d’article paraît à chaque fois que le journal est mis en cause (en ce moment par la femme de Michel Renaud mort dans les locaux de Charlie le 7 janvier 2015) et il faut bien que Anne Hommel, communiquante de crise (Cahuzac, DSK, Bongo) justifie son omniprésence au sein de la rédaction.

Donc, d’après Libé « l’entreprise Charlie n’appartient plus seulement à elle-même. Symbole ballotté d’injonction en injonction, au gré de ce que chaque Français voudrait qu’il devienne, le journal continue pourtant de se reconstruire dans un climat toujours lourd, mais qui semble plus serein. ». Le journal dévoile que Charlie compte encore 60 000 abonnés et qu’il se vend, d’après le directeur financier Eric Portheault, 60 000 exemplaires en kiosques chaque semaine.

ClhvGAhVAAAIEDmCôté rédaction, on lit que certains « reprochent à Riss son emprise sur l’hebdo » (il est actionnaire à 67%) et son « hommage très nuancé » à Siné, mais la vie continue, «Il y a moins de dessins tristes, constate Portheault. La preuve, on est à nouveau cités chez Ruquier le samedi soir…» Riss abonde : «Toute l’année 2015, on était sous la chape de plomb. On a dû gérer des traumatismes graves, trouver des locaux, gérer la sécurité, les dons… Tout nous renvoyait à l’attentat. En plus, on regardait arriver l’anniversaire de l’attaque avec appréhension… On a rongé notre frein pendant un an et on a vidé notre sac dans le numéro anniversaire début janvier. En franchissant ce cap, on s’est un peu libérés, le ciel s’est dégagé. Notre horizon, maintenant, c’est le journal. On a l’esprit concentré là-dessus.»

Libération constate aussi « la montée en puissance des trois dessinateurs – Juin, Foolz, Vuillemin » qui ont « pris plus de place après la tuerie, aux côtés des deux historiques, Coco et Riss. « On a retrouvé une équipe de dessinateurs à peu près potable, avec des gens qui savent tout faire, du reportage, de la satire, de l’actu, estime le directeur de la rédaction. Désormais, on n’est plus deux autour de la table le lundi [jour de bouclage du journal, ndlr], mais cinq. On a recréé du collectif. Quand on est plusieurs autour de la table, on a plus d’idées, on fait un meilleur journal. On notera seulement que Willem, présent depuis 1969 dans L’hebdo Hara-Kiri devenu Charlie Hebdo, n’est pas cité par Libé comme faisant partie des « historiques ».

Le quotidien nous apprend également que « Riss, qui travaille à une BD sur Marine Le Pen avec Richard Malka – avocat proche du journal » (sic) et « qu’il ne l’avoue pas facilement » mais « il aimerait faire revenir Luz et Catherine Meurisse, qui ont pris leurs distances avec Charlie – la seconde a seulement conservé une chronique. »

Sinon, à propos de l’ouverture du capital aux membres de la rédaction, Eric Portheault (qui en détient 23%) déclare « Dans notre réflexion, ça avance tout doucement. Il est impossible de fonctionner à deux, ce n’est pas viable. Il y a une masse d’argent considérable et la renommée à gérer. Mais ne rentreront dans le capital que des gens en qui il y a une confiance totale et réciproque. On ne veut pas transposer le bordel d’une rédaction dans l’actionnariat.» Expliquer la “confiance totale et réciproque” ce sera sans doute une nouvelle occasion pour Libération de consacrer un énième article à Charlie Hebdo.

En illustration, la Une du Charlie Hebdo n°1248, dessinée par Vuillemin.

Merci à M. C.