Fait d'images

le blog de françois forcadell – l'image dessinée dans l'actualité

Archive pour le mot-clef ‘Cabu’

Dessins de Charlie Hebdo qui va payer les droits ?

vendredi 13 février 2015

707192-une-charlieLes dessins de Cabu, Charb, Honoré, Tignous, Wolinski, ont été repris par de très nombreux médias, télévisions, journaux, éditeurs, souvent sans l’accord ni de Charlie Hebdo, ni des ayants-droits.
Le fait que ces images soient utilisées pour leur rendre hommage n’exonère pas les diffuseurs de payer les droits sur ces dessins.

Etre dessinateur de presse est un métier et ceux qui le pratiquent vivent des droits de reproduction que leur versent les journaux, soit de façon forfaitaire avec un salaire, soit à travers les piges occasionnelles ou régulières.
Tout comme les photos, l’utilisation et la diffusion n’est pas gratuite et l’argument comme quoi « les droits seront reversés aux victimes des attentats » n’est pas recevable. D’autant plus que l’intitulé souvent utilisé est « l’intégralité des bénéfices seront reversés aux victimes des attentats », les « bénéfices » seulement !

En Italie, un cabinet d’avocats tente de contacter les dizaines d’auteurs européens dont les dessins ont été repris – sans leur accord – dans un supplément du Corriere della Sera intitulé « Je suis Charlie – Matite in difesa della libertà di stampa », diffusé dans les kiosques italiens. Dans leur courrier aux auteurs ils expliquent « La publication du volume viole de manière grave et évidente non seulement les droits patrimoniaux des auteurs, la publication de leurs œuvres sans leur autorisation les ayant de fait privé de l’éventuelle rémunération auxquels ils pouvaient prétendre en application du droit d’auteur, mais elle pourrait également constituer une violation du droit moral des auteurs, dans la mesure où ceux-ci se trouvent associés sans leur accord à une initiative éditoriale qui choisit de présenter une version « édulcorée » de Charlie. »

En France, le pool d’avocats qui gère les suites administratives du massacre et la situation financière de Charlie, trouvera certainement là une nouvelle source de revenus (il n’en manque pas avec un pactole de soutien annoncé de 30 millions d’euros), d’autant plus qu’il vient de mandater, Dominique Burdot, ex-éditeur (Vent d’Ouest, 12Bis), et ami de Richard Malka, comme mandataire pour les dessins.

Les bonnes affaires de JeSuisCharlie

mercredi 11 février 2015

c-est-dur-d-etre-aime-par-des-cons-jeudi-a-cap-cinema_914366_500x280pAprès le massacre les affaires reprennent.

Le film “C’est dur d’être aimé par des cons” de Daniel Leconte énorme bide commercial lors de sa sortie en 2008 malgré sa présentation au festival de Cannes, est réapparu dans une centaine de salles de cinéma, et en DVD, après la tuerie  à Charlie Hebdo le 7 janvier 2015.

On apprend également que le film documentaire a été acheté par un distributeur américain pour une sortie aux Etats-Unis, que ses producteurs sont en discussion « avec des Suisses, des Italiens, des Allemands », et que le film a aussi été vendu à des distributeurs de télévision au Danemark et en Allemagne… L’occasion fait le producteur.
Bien évidemment, « La totalité des recettes salles et DVD en France sont reversées à Charlie Hebdo. »…

Le film qui raconte l’histoire de la publication des caricatures de Mahomet dans Charlie et les procès qui s’en suivirent, fait la part belle au directeur de l’époque Philippe Val et à l’avocat Richard Malka (immortalisé sur l’affiche par Cabu (en illustration), à gauche c’est Francis Szpiner).
Et qui revoilà dans le numéro de février du Causeur ? : Philippe Val et Daniel Leconte le réalisateur du film qui répondent aux questions d’Elisabeth Lévy, « Fondatrice et directrice de la rédaction de Causeur » (et ex-compagne de Richard Malka). Le monde est ridiculement petit.
10888483_870925702929682_8656228718654342741_nA noter que le film n’aborde pas la répartition des gros bénéfices de l’année 2006 dus à la vente record du numéro spécial de Charlie et que se partagèrent alors les principaux actionnaires de l’hebdomadaire : 330 000 euros chacun pour Philippe Val et Cabu, 110 000 euros pour Bernard Maris et 55 000 euros pour Eric Portheault (Le Monde 30.7.2008). Si les salariés touchèrent une prime, les collaborateurs payés en droits d’auteurs, eux, n’eurent droit à rien.

Pour la petite histoire, en même temps que Charlie Hebdo, un autre journal France Soir, consacra sa Une à l’affaire (En illustration – dessin de Delize) et publia dans ses pages toutes les caricatures de Mahomet sans que cela ne donne matière à film.

Luz : Dessiner pour Charlie Hebdo

mardi 10 février 2015

image003Texte extrait du livre Dessinateurs de presse de Numa Sadoul (Cabu, Charb, Kroll, Luz, Pétillon, Siné, Willem, Wolinski) (Glénat). L’entretien avec Luz date de 2007 – 2009 :

[…] « – Comment cela se passe-t-il pour les jeunes qui arrivent chez vous, comme Riad Sattouf et Catherine (Meurisse) ? Quelqu’un les présente ?

– Ce sont des gens qui proposent des dessins. Jul a proposé des dessins par fax, très longtemps. Moi j’aimais bien son boulot, Charb aussi, mais tout le monde n’était pas d’accord… Et puis un jour, un de ses dessins est passé ! On a tous débuté comme ça. A La Grosse Bertha, on a fait comme ça. Un qui passe, puis deux, trois, puis neuf, dix… Voilà comment ça marche en général. Catherine, elle était venue nous montrer des dessins, on avait tous trouvé ça plutôt bien. Après, il n’y a pas tant de jeunes que ça qui arrivent… Beaucoup viennent à Charlie sans savoir ce que c’est, sans l’avoir lu, en étant plutôt issus d’écoles de dessin et n’ayant donc pas forcément une vision politique, ou alors ayant une vision politique mais pas forcément le travail du dessinateur derrière. Pour Charlie, il faut avoir une vision un tout petit peu politique, savoir de quoi on parle, et il faut avoir un beau lettrage. » […]

En illustration : capture d’écran du Grand Journal de Canal+, la Une de Charlie non publiée après le massacre du 7 janvier dans les locaux du journal. Dessin de Luz.

Luz-Une-Charlie

Le 22ème Trophée Presse Citron Estienne-BNF

mardi 10 février 2015

safe_image.phpTignous, deux fois, en 2009 (?) et 2010, Honoré en 2013, Coco (en 2014), sans oublier Catherine Meurisse (2000), Camille Besse (2011), tous dessinateurs à Charlie Hebdo, se sont vus décerner le Trophée Presse Citron. Une récompense attribuée par les élèves de l’école d’arts graphiques Estienne depuis 1993, date de la création de ce prix par Luce Mondor.
Un hommage tout particulier sera rendu cette année à l’hebdomadaire satirique avec l’inauguration d’un nouvel amphi qui portera son nom, et la plantation d’un arbre en souvenir de Cabu, ancien élève de l’école, assassiné le 7 janvier 2015 avec Charb, Tignous, Honoré, et Wolinski dans les locaux du journal.

Extraits du dossier de presse :

Le Trophée a pour objectif de promouvoir le dessin de presse en organisant un double concours ouvert aux étudiants des cent vingt écoles d’art de France ainsi qu’à tous les professionnels du dessin de presse.
Le 22e Trophée Presse Citron est organisé en partenariat avec la Bibliothèque nationale de France et la Mairie du 13e arrondissement de Paris.
Le Trophée Presse Citron est ancré dans la Semaine de la presse et des médias, coordonnée par le CLEMI (Centre de Liaison de l’Enseignement et des Médias d’Information) qui a pour vocation d’aider les élèves et les étudiants à appréhender et à comprendre le fonctionnement des médias, à former leur jugement critique EstienneCharlieet à développer leur intérêt pour l’actualité. Le Trophée Presse Citron, créé et organisé par l’École Estienne, se fixe les mêmes objectifs.
Ce concours national élit les meilleurs dessins d’actualité des professionnels ayant publié dans l’année, et des étudiants des 120 écoles d’art et de design de France. Une dotation de 800€ sera remise par la BnF à chacun des deux lauréats étudiants.

La date limite d’envoi des dessins est fixée au 16 mars 2015. Plus d’informations et règlement sur le site du Trophée Presse Citron.

En illustration, un des dessins réalisés par les élèves de l’école Estienne le 9 janvier 2015.

Choron et Sylvia Lebègue

jeudi 5 février 2015

Choron-LebegueLe livre « Choron et moi » de Sylvia Lebègue va sûrement provoquer quelques réactions outragées, et c’est déjà le cas si l’on en croit le communiqué publié sur le forum Internet L’Organe magazine qui nous apprend que l’avocat de Michèle Bernier, fille du Pr Choron, a exigé que lui soient communiquées avant parution les épreuves du livre.

L’éditeur présente ainsi l’ouvrage :
« Voici mon parcours : vingt ans passés avec cet homme hors du commun. Je raconte tout : ma rencontre, la vie à Hara-Kiri, les coups, les huissiers, l’isolement de Choron face à ses créanciers, la faillite du journal, mes premiers pas dans la prostitution, les déménagements à la cloche de bois… Je raconte, tels que je les ai vécus, la création du mensuel Grodada et son échec, la vente des locaux aux enchères publiques, notre installation à la campagne, la dégradation de la santé du professeur Choron et sa mort. Ma vie de déglingue auprès de celui qui fut l’homme que j’ai le plus aimé, cette vie de débauche, d’alcool, de pleurs, de désarroi, de folie pure.
« Un livre de plaies et de bosses et néanmoins d’amour ! Choron fut un homme exceptionnel et l’amour, malgré tout partagé, suffisent à écarter les regrets. » Jackie Berroyer (extraits de sa préface) »

« Choron et moi » ne va pas sûrement pas améliorer l’image du Prof (présenté ici comme un proxénète), même s’il s’était déjà lui-même chargé de cette tâche en confiant ses souvenirs à Jean-Marie Gourio dans « Vous me croirez si vous voulez » édité en 1993 par Flammarion. Sans oublier les dessins de Cabu dans les colonnes de Charlie Hebdo lors du conflit pour l’appartenance du titre du journal.

Ce livre est donc un nouveau témoignage particulier à verser à l’édification de la légende de Georges Bernier, plus connu sous le nom de Professeur Choron.

Video de Sylvia Lebègue à voir sur le site de l’Archipel.

Le bêtisier JeSuisCharlie – 9

lundi 2 février 2015

Cavanna 2Avec tout le respect que l’on doit à Mme Fleur Pellerin, ministre de la Culture, qui a déclaré que « pour aider à la relève parmi les dessinateur de presse » elle allait lancer un chantier “visant à proposer une formation dédiée aux illustrateurs de presse, en lien avec la rédaction de Charlie Hebdo », on pourrait lui conseiller de s’occuper en priorité du statut des intermittents du spectacle ou de la précarisation du métier de dessinateur de BD (ce qu’elle s’est engagée à faire à Angoulême).

A moins que ce ne soit une contrepartie au million d’euros que l’Etat va verser au journal par solidarité, on voit mal la rédaction recevoir et former les futurs caricaturistes de la presse française. Et qui sait, leur remettre un diplôme de « fin d’études ».

Heureusement aussi, la satire n’est pas une discipline qui peut s’enseigner dans les écoles.

Cabu, Wolinski, Charb, Honoré, Tignous, étaient de talentueux autodidactes qui n’ont pas « appris » leur métier sur des bancs d’établissements subventionnées par l’Etat, mais dans les pages de journaux comme L’Enragé, L’hebdo Hara-Kiri, Charlie Hebdo, Canicule, L’Idiot International, ou La Grosse Bertha. Ces titres leur ont permis de développer, en toute indépendance, le mauvais esprit et l’humour nécessaire à l’exercice de ce métier pas comme les autres et qui tient à le rester. En toutes libertés. f.f.

Illustration : Cavanna par Honoré.