Fait d'images

le blog de françois forcadell – l'image dessinée dans l'actualité

Archive pour 2012

Le dessin satirique est-il si ringard que ça ?

mercredi 5 septembre 2012

Trop méchant, trop cynique, trop dérangeant, trop militant, trop vieillot ? Il faut se rendre à l’évidence le dessin satirique, le dessin d’opinion, n’a plus vraiment la cote dans les médias, et si quelques journaux « spécialisés » continuent à en publier on ne peut pas dire que l’engouement du public se traduise dans les chiffres de ventes.

Même le pourtant réactionnaire Figaro n’a pas jugé bon de remplacer son « éditorialiste » Jacques Faizant disparu en 2006, et on ne sait pas encore si Sud Ouest trouvera un remplaçant à Iturria parti à la retraite cet été après 40 ans de collaboration. Et les télés ? Si beaucoup reconnaissent l’apport des dessins au ton iconoclaste de Droit de réponse de Michel Polac, depuis sa disparition en 1987 aucune émission n’a repris le concept. Aucune télévision n’utilise d’ailleurs le dessin satirique à l’antenne. L’humour et l’ironie sont partout, la caricature nulle part.

La tendance du dessin aujourd’hui dans la presse est à l’illustration, substitut original à la photo. On ne demande plus aux dessinateurs de s’exprimer mais de réaliser une composition graphique qui agrémentera – dans le format imparti – l’article qui le côtoie. Une aubaine pour le métier d’illustrateur, encore faut-il savoir que celui-ci est pas mal pratiqué et que, entre les élèves d’écoles d’Art en mal de débouchés professionnels, les dessinateurs de bande dessinées en panne d’album, les illustrateurs dont c’est la profession et à qui on ne pense pas forcément, sans oublier le neveu du rédacteur-en-chef qui dessine lui aussi, on se bouscule pas mal au guichet d’entrée.

La satire est un mode d’expression qui a traversé les siècles, et nul doute que le mauvais esprit a encore de beaux jours devant lui. La caricature aussi, cette façon de forcer le trait pour mieux montrer, ou démontrer ce qui ne va pas est pratiquée depuis la nuit des temps. On peut avoir des doutes pour le dessin satirique, même s’il a de nombreux atouts.

Lorsqu’il est écrit qu’un bon dessin vaut mieux qu’un long discours, cela veut dire qu’un bon dessin – intelligent, malin, lisible (il peut être beau aussi) – ne ment pas, contrairement aux torrents de mots, de phrases, d’idées foireuses, d’articles de circonstance, de promesses à géométrie variable, qui peuvent facilement nous manipuler.

Le langage du (bon) dessin est lui immédiat et universel. Comment alors expliquer ce désintérêt et à qui la faute ? Ces dernières décennies les moyens de communication et d’expression ont évolué à une vitesse vertigineuse, video, multiplication des télévisions, Internet, smartphones. Les mentalités aussi. Le dessin satirique, lui, se pratique encore comme on le faisait dans les années 1970, avec ses stéréotypes, ses codes de lecture, souvent abscons pour le commun des lecteurs. D’ailleurs il faut bien constater que le dernier carré de supporters de journaux satiriques se compose en majorité des heureux rescapés de cette période. Les nouvelles générations s’éclatent (expression d’époque) elles, sur Internet ou pratiquent la dérision tous azimuts sur Twitter ou Facebook.

Et si quelques sites Internet de presse ouvrent leurs pages au dessin « satirique » il faut là aussi constater – malgré quelques exceptions – que le critère n’est pas toujours la pertinence, ni la qualité du propos (même édulcoré), mais bien le tarif dérisoire – quand il y en a un – que l’auteur accepte pour être publié.

Alors quelle solution à ce problème (cependant moins grave que Fukushima ou la Syrie) ? Aucune, ou mutiples. Il suffirait peut-être aux dessinateurs d’imaginer, de réinventer leurs supports, de réaffirmer la qualité du trait et l’originalité de l’expression, comme l’ont fait en leur temps les créateurs de journaux indépendants. De retrouver une liberté qui leur permettrait d’exprimer pleinement tout leur talent et de donner une nouvelle image de leur savoir faire. La création c’est beaucoup de boulot mais elle fait partie de l’ADN du métier et il n’est jamais trop tard pour commencer. ff

Les commentaires et réactions à ce texte seront publiés sur ce blog.

C’est la rentrée ! :

mardi 4 septembre 2012

Retrouvé un document de l’association Un bon dessin vaut mieux qu’un long discours qui veut « démontrer que le dessin de presse d’actualité est un moyen d’expression à part entière et non une illustration ou un complément graphique au journalisme. » Il date de 1985…

Revu avec plaisir le générique dessiné de l’émission « Strip tease » qui après le succès qu’elle a obtenu cet été sera désormais diffusée tous les dimanche sur France 3. Et cherché vainement le nom de son auteur.

Reçu – offertes par Cambon – les mythiques gazettes de la SPH (Société Protectrice de l’Humour) rééditées à l’occasion de l’exposition rétrospective présentée par Desclozeaux jusqu’au 28 octobre au Musée Louis Vouland à Avignon.

Appris la parution d’un livre de Boll « Le vaillant petit tambour major » aux éditions Attila. Un histoire presque sans paroles, et qui fait la part belle au trait.  Rassuré de voir que des dessinateurs continuent à privilégier le style graphique.

Invité par Napo qui expose jusqu’au 21 septembre des dessins à la Maison du Limousin à Paris, dans le cadre du 31ème Salon international de la caricature et du dessin de presse et d’humour de St Just-le-Martel (28 septembre- 7 octobre 2012).

Récupéré l’album de Lécroart « Contes & décomptes » (L’Association) que j’avais prêté avant les vacances pour partager mon plaisir à l’avoir lu. Ou comment le dessin peut faire aussi preuve d’intelligence et susciter l’émotion.

Apprécié le logo dessiné de la Femen groupe d’activistes féministes Ukrainiennes qui n’ont pas froid aux seins et qui créent actuellement un groupe en France (en illustration).

Vu que Charlie Hebdo, qui fête ses 20 ans avec un Hors-série, que Siné Mensuel, qui célèbre son premier anniversaire, continuaient à paraître, et attends des nouvelles de Barricade, Zélium, pour savoir si l’été ne leur a pas été fatal.

Entendu parler d’une exposition au Musée de l’Armée aux Invalides à Paris de caricatures sur Charles de Gaulle qui a quitté le pouvoir en 1969 et est décédé en 1970, et constaté que Plantu, dont la carrière de dessinateur a commencé en 1972, signait l’affiche.

Jeté un œil sur le musée virtuel de la Cité internationale de la bande dessinée et de l’image d’Angoulême qui offre la possibilité de regarder de près des planches originales de dessinateurs, accompagnées de commentaires de spécialistes (pas toujours inspirés) (le procédé Hozoom qui permet de naviguer dans les dessins est lui aussi un peu poussif. Dommage).

Su que l’Atelier An-Girard à Paris, allait présenter du 20 septembre au 17 novembre 2012, une exposition d’originaux de dessins de Barbe. Un événement rare !

Appris par e-mail, que le Cherche midi avait publié, astucieusement juste avant la rentrée des classes, un livre de Christophe Besse intitulé « L’école, 100% humour ».

Aperçu sur le site Rue89 ce dessin de Chimulus (en illustration) qui n’a pas du tout plu à la dessinatrice Louison qui l’a fait savoir via Facebook.

A suivre (peut-être…) ff

La SPH est de retour le temps d’un été et plus

jeudi 9 août 2012

La Société Protectrice de l’Humour association de dessinateurs créée en 1966 par Jean-Pierre Desclozeaux présente une grande exposition rétrospective du 23 juin au 28 octobre au musée Louis Voland à Avignon. Les dessins présentés sont issus du fonds de 250 dessins ou archives déposés au Musée Calvet à Avignon par la SPH.

La liste est longue des dessinateurs qui ont participé à ces expositions présentées dans le cadre du festival d’Avignon jusqu’en 1976 :

Avoine, Baechi, Ballestra, Barbe, Bartak, Blachon, Bonnot, Born, Bosc, Cabu, Chaval, Copi, Cretin, Desclozeaux, Ferh, Folon, André François, Fred, Gal, Gourmelin, Guerrier, Haem, Maurice Henry, Joke, Kerleroux, Konk, Koren, Mihaesco, Mose, Pascal, Philippe, Picha, Posada, Poussin, Puig Rosado, Rauch, Reiser, Rupinski, Savignac, Scarfe, Ronald Searle, Sempé, Serre, Siné, Soulas, Ralph Steadman, Tim, Topor, Urs, Vasquez de Sola, Wolinski, Zabransky.

A noter qu’une exposition consacrée essentiellement à Desclozeaux, dessins, affiches, cartes postales, serait en préparation à la Bibliothèque Forney à Paris.

Un site consacré au dessinateur du quotidien Le Monde.

Michel Polac in memoriam

mercredi 8 août 2012

Disparition à l’âge de 82 ans de Michel Polac, journaliste, écrivain, cinéaste, homme de radio et de télévision.

De 1981 à 1987, dans son émission Droit de réponse, sous-titrée « l’esprit de contradiction » sur TF1, il contribua à populariser le dessin d’actualité avec la séquence « Rebuts de presse » dessinée par Cabu, Loup, Siné, qui ouvrait l’émission, et avec l’intervention de dessinateurs qui commentaient en en toute liberté les propos tenus à l’antenne. Beaucoup de dessinateurs se sont succédés à la palette graphique, parmi lesquels on peut citer, Plantu, Bridenne, Laville, Chenez, Soulas, Blachon, Wolinski, Piem, Serre.

Droit de réponse fût aussi « sauvée » par l’émission consacrée à la mort de Charlie hebdo, première version. En effet, l’audience des premières émissions étaient décevantes lorsque Michel Polac eut l’idée d’inviter l’équipe de l’hebdomadaire qui venait de cesser de paraître. Le charivari qui eut lieu en direct, du notamment au mélange détonnant, d’un journaliste d’extrême droite, de lycéens niaiseux, de Siné, d’un Pr Choron sou et mis à l’écart, sans oublier Serge Gainsbourg, créa le scandale. La polémique qui s’en suivit dans les médias aida l’émission à se faire connaître. Extraits sur le site de l’INA.

Quelques années plus tard, un dessin de Wiaz (en illustration) qui s’en prenait à Francis Bouygues, patron du BTP et nouveau propriétaire de la chaîne récemment privatisée, servit de  prétexte pour arrêter l’émission.

A noter que Catherine Sinet, aujourd’hui directrice de Siné mensuel était la rédactrice-en-chef de Droit de réponse.

Michel Polac collaborait depuis 1996 à la nouvelle formule de Charlie hebdo.

Satiradax 2

mardi 12 juin 2012

La deuxième édition de Satiridax se déroulera du 21 au 24 juin 2012 à Dax avec la présence des dessinateurs Aurel, Barrigue, Barros, Berth, Coco, Coyote, Decressac, Faujour, Flavien, Gaël, Giemsi, Gros, Lasserpe, Lindingre, Margerin, Pakman, Ptiluc, Sergio, Soulcié, Tignous, Vuillemin, Widenlocher, Willem, Willis from Tunis. Ils dédicaceront de 14h à 18h Parc Théodore Denis (voir blog du 17.3.2012) .

Marc Large, dessinateur et créateur de Satiradax explique comment il a eu l’idée de cette manifestation :

« Cette idée est née il y a environ trois ans. Mon métier de dessinateur est un travail solitaire et les projets éditoriaux sont aujourd’hui élaborés par le biais d’échanges d’emails et de fichiers sur internet. Rares sont les occasions de rencontres entre les humoristes, les auteurs, les dessinateurs de presse et le public. J’ai donc eu envie de créer un grand rassemblement de tous ces acteurs, en décloisonnant leurs modes d’expression. Le festival est l’occasion de présenter au public des concerts, des conférences, des spectacles, des dédicaces, des films, des expositions, mais aussi d’établir un véritable contact entre les festivaliers et les invités. Il y a souvent des festivals du cinéma, des festivals de dessin ou encore du rire, mais jamais tout ça en même temps. J’avais donc écrit ce concept, créé une association (Satirailleurs) et proposé cette idée à la ville de Dax. Le Maire et Stéphane Mauclair, adjoint au Maire à la Culture, ont tout de suite adhéré au projet. Les invités, également ! »

Plus d’informations sur le site Internet de Satiradax.

Cambon c’est bon

lundi 11 juin 2012

Pourquoi faire compliqué quand on peut faire simple, voilà le texte qui figure sur le carton d’invitation de l’exposition que l’Atelier-galerie An Girard consacre au dessinateur Cambon jusqu’au 13 juillet 2012 :

« Cambon est un dessinateur d’humour. Un authentique, qui pratique avec gourmandise l’exercice du dessin « sans paroles », dans la grande tradition de ceux qui, comme Bosc, ou Chaval, ont donné ses lettres de noblesse à ce genre. L’image devient alors universelle et provoque le sourire aussi bien en Haute-Vienne que dans une province éloignée du Baktoushistan oriental. Ou à Grenoble, et même à Philadelphie.

C’est la force du dessin d’humour. Et lorsque Cambon utilise les mots, c’est pour mieux souligner la fantaisie ou l’incongruité de ses idées. Des inventions d’humoriste bien sûr, où tout est imaginable, où le non-sens et l’absurde trouvent leur logique. Mais Cambon aime bien aussi se coltiner avec le monde réel, celui de l’actualité. Son humour incite alors à la réflexion, provoquant la prise de conscience de celui qui ne voulait pas voir la réalité des choses. Nous amuser et nous rendre intelligents, que peut-on demander de plus aux dessins de Cambon ? »

On peut juste rajouter que lors du vernissage, on a pu croiser les dessinateurs Soulas, Pessin, Gabs, Napo, Redon, Nicolas Vial, Boll, Chimulus, et que la galerie a co-édité avec Iconovox un beau catalogue qui présente quelques-uns des dessins de l’exposition.

Atelier-galerie An.Girard, 7, rue Campagne-Première, 75014 Paris.
Galerie ouverte du mardi au vendredi. Tél. : 01 43 22 01 16.

Le site Internet de Cambon