Fait d'images

le blog de françois forcadell – l'image dessinée dans l'actualité

Archive pour la catégorie ‘Edition’

Séraphine

lundi 2 mars 2009

Séraphine de Senis - exposition au Musée MaillolLes sept récompenses attribuées à Séraphine par les Césars du cinéma français redonnent un coup de projecteur à ce film de Martin Provost sorti dans les salles en octobre 2008. 

Ce film évoque la vie de Séraphine Louis, dite aussi Séraphine de Senlis, servante chez le marchand d’art Wilhelm Uhde qui découvrit et encouragea son talent artistique.

Ceux qui veulent en savoir plus sur Séraphine, peintre autodidacte et mystique, qui finira sa vie dans un asile, peuvent aller voir le film toujours en salle, avec dans les principaux rôles avec Yolande Moreau et Ulrich Tukur, lire deux ouvrages qui lui ont été consacré, ou, et surtout, aller visiter l’exposition de vingt toiles que propose le musée Maillol à Paris et qui, en raison du succès du film, est prolongée jusqu’au 30 mars 2009 inclus.

Les livres :
Séraphine, de Françoise Cloarec. Éditions Phébus, 168 pages. 
Séraphine de Senlis, d’Alain Vircondelet. Albin Michel, 216 pages.
L’exposition : 
Musée Maillol – Fondation Dina Vierny, 61, rue de Grenelle, 75007 Paris.
Tél. : 01 42 22 59 58. Ouvert de 11h à 18h. Fermé les mardis et jours feriés.

Le site officiel du film – Le site du musée

Bizarre, vous avez lu Bizarre

vendredi 27 février 2009

Anthologie BizarreL’excellent site Actuabd.com publie un article annonçant  la parution de l’anthologie de Jean-Marie Lhôte  consacrée à la revue Bizarre

Extraits de la présentation de l’auteur sur le site de l’éditeur, Berg international :

« La revue Bizarre, « revue littéraire et artistique » fortement influencée par le surréalisme, donne, de 1953 à 1968, 48 livraisons. Fondée par Michel Laclos, éditée par Éric Losfeld puis, à partir de 1955, par Jean-Jacques Pauvert elle annonce, par son titre même, ses ambitions et son contenu. Laclos et ses auteurs se passionnent pour les sujets les plus étranges et affichent des goûts éclectiques. Grands amateurs de littérature, ils consacrent le premier numéro à Gaston Leroux et au roman policier, un autre – dirigé par Raymond Queneau – aux fous littéraires, un autre encore à Raymond Roussel. Ils sont parmi les premiers à parler de science fiction et abordent également la question des « monstres » qui nous entourent. Raymond Queneau, mais aussi Jean-Christophe Averty, Michel Leiris, Jean-Marie Lhôte ou François Caradec contribuent à la revue. Bizarre accueille également de nombreux dessinateurs refusés par les grands organes de presse. Annonciatrice des bouleversements de Mai 68, la revue Bizarre a occupé une place considérable dans le paysage culturel français.

[…] Bizarre était vraiment la revue de l’époque. Les numéros spéciaux, particulièrement, attiraient l’attention. Nous avions fait ‘‘Les Fous littéraires’’, ‘‘La Joconde’’, ‘‘Les Dessins inavouables’’, ‘‘Les Mystères de Rembrandt’’, ‘‘Les Monstres’’.

Les dessinateurs que nous révélions depuis Siné renouvelaient le genre. […]. Début 1960 déjà, nous avions publié coup sur coup deux numéros : ‘‘Dessins inavouables’’ et ‘‘Supplément aux dessins inavouables’’. Fort bien présentés par Michel Laclos, ils rassemblaient les dessins refusés par la presse française, encore bien conventionnelle. Folon, Chaval, Gébé, Topor, Cardon, Le Foll, Siné bien sûr, Maurice Henry, Trez, Mose, André François (je ne peux pas les citer tous), y installaient le dessin d’humour moderne. C’était le début d’une époque…

La nouvelle génération de dessinateurs se met à graviter autour de Bizarre et porte au cœur, sous diverses formes, l’explosion du printemps 1968. Siné est le chef de file, il apparaît dès 1955, avec des dessins anticléricaux qui sont dans les sommets du genre, cruels et drôles. » (Jean-Jacques Pauvert, Mémoires). 672 pages, 45 € (quand même).

Plaisir et humour noir

jeudi 26 février 2009

Plaisir de Medi HoltropLe Grand Prix de l’Humour noir – Grandville 2009 a été décerné à Medi Holtrop pour son ouvrage Plaisir publié par les éditions Orbis Pictus Club

Sur le site Mediapart Stéphane Vallet présentait ainsi l’ouvrage lors de sa sortie :

« Medi Holtrop est une artiste d’origine norvégienne. […] Dans Plaisir, une série de 75 dessins au plomb, en noir et blanc, elle fait preuve d’un singulier talent. Et offre ses plus beaux vertiges. Des autoportraits où elle “expose”, notamment, comme l’écrit Pierre Bourgeade dans la préface, “son amour de la sexualité”.

Univers obsessionnel, sorti de rêves et de contes de l’enfance. On ressent aussi cette mélancolie si particulière des pays scandinaves. Et l’absence de culpabilité et de tabous. Medi Holtrop est une femme libre, et généreuse. Ces autoportraits, ludiques et ironiques, parfois sarcastiques, à l’humour noir cinglant, sont autant de doubles qu’elle met en scène, avec toujours “la nostalgie d’une petite fille qui rêve” ». 

Ddessin de Medi HoltropDans un entretien avec Jacques Vallet, publié en fin d’ouvrage, Medi Holtrop retrace son parcours. Enfance à Oslo, entre un père négociant en vins et alcools (issu d’une famille les plus anciennes de Norvège), et une mère artiste, très libre et pacifiste, qui milita dans les années 30 avec Wilhelm Reich et Willy Brandt. A 16 ans, la jeune fille est reçue au concours des beaux-arts d’Oslo, et y étudie pendant cinq ans. Elle travaille dans une imprimerie, puis enseigne pendant trois ans le dessin et l’histoire de l’art en Norvège. […] 

Le 13 juillet 1969, elle rencontre Willem à La Palette, à Paris. Il ne se sont plus jamais quittés. Pendant quinze ans, elle restera dans l’ombre : “C’était Willem le dessinateur, pas moi. J’ai choisi et je n’ai jamais récriminé. Mais je pensais : « Ce n’est pas seulement Willem, il y a moi aussi. On est égaux. Il est meilleur que moi, mais on est égaux »

L’autre petit Nicolas

mercredi 25 février 2009

Le petit Nicolas à la fnacLe petit Nicolas - Le ballonDu 20 février au 25 mars 2009, neuf magasins Fnac célèbrent à travers une exposition rétrospective les 50 ans du Petit Nicolas  de Sempé et René Goscinny. À Paris les magasins Ternes, Forum des Halles, Montparnasse, en région, les magasins de Reims, Rouen, Bordeaux, Toulouse Labège, Lyon Bellecour et Marseille, accueilleront chacun une quarantaine de dessins en noir et blanc et des aquarelles de Sempé. Quatre dessins de Sempé édités en série limité – 149 exemplaires — et signés, seront proposés à la vente au prix de 95 €.

Ces évènements accompagnent la parution du tome 3 des inédits du Petit Nicolas, Le Ballon et autres histoires inédites. Éditions IMAV éditions.

« Bête, méchant et hebdomadaire » : une suite

vendredi 13 février 2009

Stéphane Mazurier - Des cadres noirs dans son livreLes lecteurs de l’énorme pavé de Stéphane Mazurier sur l’histoire de Charlie Hebdo (1969 – 1982) – voir note de lecture sur ce blog -, ont du être intrigués par les pavés noirs qui figurent sur la reproduction des pages du journal. En fait, se sont les dessinateurs Cabu et Wolinski qui se sont opposés à la publication de leurs œuvres dans un livre qui fait un portrait trop flatteur – à leur goût – de Georges Bernier, alias Pr. Choron.

Quand on voit la couverture du livre, avec Cavanna et Choron photographiés amicalement enlacés par Arnaud Baumann, on se dit qu’il doit régner un certain malaise dans la rédaction de Charlie Hebdo (celui de 2009).

Extrait du livre :

« Des fois, j’envie Reiser. Il ne nous a pas vus devenir moches et cons. Il ne l’est pas devenu non plus. Il a tracé sa trajectoire d’angelot bouclé, frrrt, il n’a pas vu le monde vieillir, il n’a pas vu sa gueule grimacer dans la gueule des copains ».

Ces lignes ont été écrites par Cavanna en 2004.

Autre chose, la mention d’un copyright « Glénat Éditions – Drugstore 2008 », sur la reproduction de Unes de L’hebdo Hara-Kiri et de Charlie Hebdo dessinées par Reiser. Une réappropriation étonnante de la part d’un éditeur, en effet si le copyright peut s’appliquer sur le dessin de Reiser, il ne peut en aucun cas concerner la Une qui est une œuvre collective appartenant au journal.

Note de lecture : Charlie Hebdo, l’original

jeudi 12 février 2009

Bête, méchant et hebdomadaire. un livre de Stéphane MazurierCréer et faire vivre un journal est une aventure formidable. Créer et faire vivre un journal comme Charlie Hebdo est une aventure « extraordinaire » comme le dit Sylvie Caster. Pour s’en convaincre il suffit de lire l’imposant – 512 pages – Bête, méchant et hebdomadaire de Stéphane Mazurier (Buchet Chastel) qui retrace les grands et les petits moments de Charlie Hebdo, titre satirique légendaire, anticonformiste, aujourd’hui usurpé par un propriétaire qui s’affiche comme « éditorialiste » sur les plateaux télé entre Alain Duhamel et Catherine Nay.

Un livre très documenté et très complet sur la vie de ce journal de 1969 à 1982, mais aussi sur son époque qui joua un rôle non négligeable dans son succès (et son déclin) : « Expérience unique dans l’histoire récente de la presse française, Charlie Hebdo se révèle finalement la meilleure expression journalistique de l’esprit de mai 68 ». Bénéficiant des témoignages de nombre des collaborateurs, l’auteur évoque les multiples péripéties des titres, le mensuel Hara-Kiri, L’hebdo Hara-Kiri Charlie Hebdo, l’éphémère Charlie matin, La semaine de Charlie, et la cohabitation – souvent conflictuelle (p. 150) – entre des personnalités aussi fortes que celles de Gébé, Reiser, Delfeil de Ton, Fournier, Wolinski, Siné, Willem, Cabu, Nicoulaud, Berroyer, Carali, Arthur, Sylvie Caster. Le tour de force a été d’additionner tous ses talents chaque semaine, mais avec une règle : « même si les collaborateurs du journal s’apprécient profondément, ils se fréquentent très peu en dehors du journal. Certes Reiser dîne quelquefois chez Wolinski, mais la règle est de ne se voir que pour le travail ». 

Ce livre ne dévoile hélas aucun secret permettant de renouveler cette aventure, mais donne quelques clés qui permettraient à une équipe de se lancer dans un tel projet. Cavanna : « C’est très simple, la formule c’était : tu as une page, tu t’en démerdes, tu mets ce que tu veux dedans, pourvu que ce soit génial »

Autre intérêt de l’ouvrage, c’est qu’il confirme, s’il en était besoin, que sans le duo passionnel Cavanna-Bernier cette aventure fulgurante n’aurait jamais pu exister : « Cavanna est, sans aucun doute, le « concepteur en chef » du journal. C’est lui qui a su imaginer une formule originale et viable, mais aussi la maquette, autrement dit la marque de fabrique, le « visage rédactionnel » de Charlie Hebdo. Le deuxième personnage clé dans l’élaboration du journal est , bien sûr, son directeur, Georges Bernier. Si Cavanna est le concepteur du journal, Bernier en est l’administrateur ; un administrateur volontiers fantasque et téméraire, qui s’acharne à faire vivre Charlie Hebdo. Bernier a, en quelque sorte, mis en place sa propre méthode, fondée sur l’optimisme et la ténacité. »

Un Bernier incontournable, au point même qu’il semble aujourd’hui étonnant qu’un dessinateur comme Cabu, qui a vécu et profité (p. 110) de toutes ces années tumultueuses, retrouve subitement la mémoire pour accabler et dénoncer le Pr. Choron comme il l’a fait dans un récent de Charlie Hebdo (14.1.2009). Il est vrai que le Charlie Hebdo de l’époque est très éloigné de celui qu’il fait aujourd’hui et dont il est curieusement l’actionnaire principal avec Philippe Val. Rien à voir donc, avec le titre d’origine où le rédacteur en chef était « toute la bande ». On en est loin en effet et on se demande même pourquoi dans ce livre Philippe Val donne son avis sur la première version de Charlie Hebdo alors qu’il n’y a jamais participé et qu’il ne reconnaît aucun talent à Choron.

Au final, ce livre pourrait apparaître comme une sorte de pierre tombale, une fresque gravée dans le marbre, qui célèbre le souvenir, la nostalgie d’une époque révolue où l’on osait tout et où tout était possible. Mais c’est une fausse impression, puisqu’encore récemment avec l’arrivée dans les kiosques de Siné Hebdo, journal conçu en quelques semaines, il semble que l’esprit de provocation reste vivace. Il suffit juste de le cultiver. Bête, méchant et hebdomadaire de Stéphane Mazurier peut donner cette envie. ff

Bonus à savourer également, le cahier spécial des photos d’époque d’Arnaud Baumann qui signe aussi la photo de couverture.