Fait d'images

le blog de françois forcadell – l'image dessinée dans l'actualité

Archive pour le mot-clef ‘Delfeil de Ton’

La Java de Siné Hebdo

Mardi 15 décembre 2009

Gérard Filoche évoque sur Twitter la soirée très amicale qui s’est déroulée le 14 décembre à La Java à Paris et qui célébrait les un an et plus de Siné Hebdo. À cette occasion étaient réunis la plupart de ceux qui ont contribué à faire vivre, autour de Siné et de Catherine Sinet, cette aventure éditoriale assez extraordinaire il faut bien le reconnaître.

La java - Un an de Siné Hebdo

De nombreux dessinateurs étaient présents, Berth, Geluck, Aurel, Lasserpe, Rémi Malingrëy, Jiho, Barros, Diego Aranega, Gab, Puig Rosado, Poussin, Mykaïa, Decressac, Avoine, Soulas, Bridenne, Mric, Carali, Pakman, Large, Faujour, Vuillemin, JY, qui côtoyaient l’équipe de l’hebdomadaire et les personnalités qui depuis le début apportent leur soutien en collaborant au journal ; Guy Bedos, Delfeil de Ton, Noël Godin, Éric Martin, Isabelle Alonso, Christophe Alévêque, Benoît Delépine, entre autres.

Presse satirique et censure

Mercredi 18 novembre 2009

delfeil-de-ton-bakchichSous le titre « Hara Kirira bien le dernier » le site Bakchich.info fait raconter à Delfeil de Ton l’histoire de la fameuse Une de Hara-Kiri Hebdo « Bal tragique à Colombey : un mort ».

DTT, interrogé et filmé par Anaëlle Verzaux et Anthony Lesme, parle aussi de la censure d’hier et d’aujourd’hui.

Extrait :

« La couverture, c’était tout le temps un grand dessin. C’était un travail collectif, et on y passait des heures : les dessinateurs gratouillaient et nous les écrivants, on critiquait, etc…. Et à la mort de De Gaulle, ils ont merdé et à minuit on n’avait pas encore la couverture. Rien à faire. Parce que profondément on s’en foutait, De Gaulle c’était zéro, c’était rien.
Et alors le professeur Choron lâche ce titre ’Bal tragique à Colombey : un mort’, parce qu’il y avait eu, dix jours avant, le bal tragique à Saint-Laurent-du-Pont (…). Et on a éclaté de rire, mais il n’y avait pas de dessin à faire : ça se suffisait. C’était se moquer de De Gaulle mais aussi de la presse, du sensationnalisme. C’est la seule couverture de l’hebdo qui n’a pas été dessinée, et c’est la plus célèbre. »

l’intégralité sur le site Bakchich.info

Merci qui ? Merci Pr Choron !

Mardi 10 novembre 2009

Choron Dernière le filmLe film de Pierre Carles et Martin « Choron dernière », « Vie et mort du Professeur Choron et de Charlie hebdo », est désormais disponible en DVD. Vuillemin et Lefred Thouron illustrent la jaquette. Durée du film 98mn.

Texte de présentation de Delfeil de Ton :

«  Choron est né pauvre. Il est mort pauvre. Il a vécu comme un riche. Somptueux, généreux, honnête. Vous connaissez beaucoup de patrons à qui il est arrivé d’habiter dans une cave pendant que ses anciens employés pétaient dans la soie ? Pas primable, pas décorable, ininvitable à l’Élysée, le Choron. Grandiose. Ah oui, il ne faut pas oublier que c’était un génie du comique. Qu’il a fourni de la matière à plagiat pour encore plusieurs générations. »

À quand un film sur Cavanna ?

Merci qui ? Merci Hara-Kiri !

Les éditions Hoëbeke publient « La pub nous prend pour des cons, la pub nous rend cons ». Un florilège des parodies de publicités parues dans le mensuel Hara-Kiri, créé en 1960 par le Pr. Choron et Cavanna, qui signe les textes de l’album.

Beaucoup de photos, dont une du jeune Vuillemin en figurant amateur de bière, mais aussi quelques dessins de Gébé, Cabu, Wolinski et Reiser.

hara-kiri - La pub nous rend consExtrait de la présentation du livre par le site bibliosurf.com :

« Les fougueux rédacteurs du journal, Cavanna en tête, dénoncent la publicité en la présentant comme la future aliénation d’une société de consommation qui s’éveille : il faut abattre la bête ! Et tandis que les marques s’efforcent de composer avec soin un monde idéal supposé le plus attractif possible, le bras vengeur d’Hara Kiri invente le détournement de publicité. : Une mise en garde lucide et visionnaire.
Affreux, méchants et bien entendu drôles, les protagonistes de ces falsifications outrancières transgressent tous les interdits du genre publicitaire dans un maelström de provocations où l’absurde et le saugrenu rivalisent volontiers avec l’indélicat. Dans cette entreprise de destruction sauvage, les produits en prennent pour leur grade, mais c’est également les mécanismes de la publicité qui sont joyeusement éreintés, l’envahissement des marques non seulement sur nos écrans mais aussi sur nous-mêmes, le racisme des campagnes qui normalisent les blondes, les jeunes, les riches, le faux progrès vanté par les annonceurs… Tout ça pour rire bien entendu, mais aussi pour réfléchir un peu… Ce qui, après tout, est toujours bon à prendre ! »

Pour en voir plus sur Hara Kiri.

Et de quatre hebdos satiriques

Mercredi 23 septembre 2009

hebdo-satiriqueLe n°1 de Bakchich hebdo qui paraît le 23 septembre 2009, est plus près, dans la forme, du Canard enchaîné avec beaucoup (beaucoup) de textes, que de Siné Hebdo ou de Charlie Hebdo. Les dessinateurs qui participent à ce numéro sont, Pier, Mor, Nardo, Oliv’, Morvandiau,  Pakman, Chimulus et Kerleroux.
Il paraît désormais en France le même jour, le mercredi, quatre hebdomadaires satiriques.

Pour la petite histoire Nicolas Beau, co-fondateur du site Bakchich.info est un ancien du Canard enchaîné et l’imprimeur du nouvel hebdo est le même que celui de Siné Hebdo.

À noter aussi que le journal revient dans ses « Confidentiels » sur une information publiée sur ce blog à propos de l’agression verbale de Cabu sur Delfeil de Ton. La brève précise que ce dernier traité plusieurs fois de « crapaud » a retourné une vigoureuse beigne au père du Grand Duduche. Cabu a alors conclu son assaut par l’interjection vengeresse : « Tu me le paieras ! ».

llustration : Les quatre Unes du 23 septembre 2009.

Précisions précises

Lundi 21 septembre 2009
Précisions précises
Suite à la publication de l’article « Sus à Siné » (17.9.2009),  j’ai reçu deux courriers que je publie in extenso afin de ne pas en dénaturer le contenu. ff.
Isabelle Soulié :
« Je ne m’appelle plus Isabelle Cabut depuis 1986. Mon mot de sympathie a Siné était signé Isabelle Soulié. Mais bon.
Et je n’ai pas « pris fait et cause », je me suis indignée qu’un collaborateur historique de Hara-Kiri puis de Charlie Hebdo soit licencié à l’aube de ses 80 ans SANS AUCUNE INDEMNITE ! Et j’ai exprimé ma sympathie à ce vieux compagnon de route.
D’autre part, je déplorais que la direction de Charlie Hebdo affiche la peur d’un procès (prétexte au lâchement de Siné), alors qu’à la belle époque de ce journal, nos retentissants procès étaient notre gloire!
Si cette réponse pouvait être publiée quelque part sur votre blog, ce serait bien honnête, comme on dit à la campagne. »
Mano Solo :
« C’est vraiment minable de faire un papier et vouloir créer une embrouille là où il n’y en a pas. Je m’en fous moi de la baston Siné-Charlie, c’est tous des vieux cons ridicules. De plus c’est un choix de la redaction de mettre ce dessin en avant qui n’était qu’un commentaire sur le fil de la venu de Jul sur le site.
Par contre ça fait des années que je publie des dessins sur le net on peut pas dire que ça vous intéressait, manque de petite embrouille à faire, certainement.
Votre site s’il était moins con ferait mieux de me faire de la pub pour la vente de dessins aux encheres qui a lieu en ce moment sur mon forum, au profit de l’enfance à Madagascard.
Quand à votre critique sur l’heredité, quand on juge sur UN dessin les gens, c’est qu’on a juste envie de pas les aimer.
Vous faites pitié. »
A la demande expresse de Mano Solo, l’adresse de ses sites http://manosolo.net/faza/spip.php?rubrique15  http://www.loubli.com/mano_moleskine/index.php où l’on peut voir ses dessins (quelques-uns en illustration).
Enfin pour compléter cette histoire, ci-dessous un extrait du strip de Cabu paru cette semaine dans le Canard enchaîné (16.9.2009) et qui met en scène un « nouveau beauf » très particulier. En l’occurrence il s’agit de Delfeil de Ton, chroniqueur à Siné Hebdo, que Cabu a agressé verbalement (pour ceux qui veulent savoir) et qu’il semble vouloir poursuivre de sa vindicte par d’autres moyens.

Suite à la publication de l’article « Sus à Siné » (17.9.2009),  j’ai reçu deux courriers que je publie in extenso afin de ne pas en dénaturer le contenu.

ff.

Isabelle Soulié :

« Je ne m’appelle plus Isabelle Cabut depuis 1986. Mon mot de sympathie a Siné était signé Isabelle Soulié. Mais bon.

Et je n’ai pas « pris fait et cause », je me suis indignée qu’un collaborateur historique de Hara-Kiri puis de Charlie Hebdo soit licencié à l’aube de ses 80 ans SANS AUCUNE INDEMNITE ! Et j’ai exprimé ma sympathie à ce vieux compagnon de route.

D’autre part, je déplorais que la direction de Charlie Hebdo affiche la peur d’un procès (prétexte au lâchement de Siné), alors qu’à la belle époque de ce journal, nos retentissants procès étaient notre gloire!

Si cette réponse pouvait être publiée quelque part sur votre blog, ce serait bien honnête, comme on dit à la campagne. »

Mano Solo :

Solo dessin en vente« C’est vraiment minable de faire un papier et vouloir créer une embrouille là où il n’y en a pas. Je m’en fous moi de la baston Siné-Charlie, c’est tous des vieux cons ridicules. De plus, c’est un choix de la redaction de mettre ce dessin en avant qui n’était qu’un commentaire sur le fil de la venu de Jul sur le site.

Par contre ça fait des années que je publie des dessins sur le net on peut pas dire que ça vous interessait, manque de petite embrouille à faire, certainement.

Votre site s’il était moins con ferait mieux de me faire de la pub pour la vente de dessins aux enchères qui a lieu en ce moment sur mon forum, au profit de l’enfance à Madagascard.

Quand à votre critique sur l’hérédité, quand on juge sur UN dessin les gens, c’est qu’on a juste envie de pas les aimer.

Vous faites pitié. »

A la demande expresse de Mano Solo, son site et pour les dessins en vente : fazoma.
Pour en savoir plus sur la vente de ses dessins : son Forum.

Enfin pour compléter cette histoire, ci-dessous un extrait du strip de Cabu paru cette semaine dans le Canard enchaîné (16.9.2009) et qui met en scène un « nouveau beauf » très particulier. En l’occurrence, il s’agit de Delfeil de Ton, chroniqueur à Siné Hebdo, que Cabu a agressé verbalement (pour ceux qui veulent savoir) et qu’il semble vouloir poursuivre de sa vindicte par d’autres moyens.

Delfeil-de-Ton par Cabu

Satire dans tous les coins

Lundi 7 septembre 2009

Charlie Hebdo n°899Le site le blog tv news annonce que Charlie Hebdo « fait peau neuve » le 9 septembre 2009 (n°899) et que l’hebdomadaire proposera une nouvelle maquette  ainsi que « des enquêtes journalistiques exclusives toutes les semaines, des textes plus courts et plus incisifs, des dessins satiriques plus nombreux ». Dans la publicité pour sa nouvelle formule, Charlie Hebdo se définit comme « l’hebdo de gauche ». Le prix de vente reste inchangé 2 euros.

Siné hebdo n°2 - Un an et toutes ses dents !À la même date, 9 septembre 2009, Siné Hebdo fête, avec son n°53, son premier anniversaire et publie à cette occasion un hors-série spécial de 96 pages consacré à l’événement. Celui-ci rassemble un florilège d’articles parus depuis un an, accompagné de très nombreux dessins et des contributions de Siné, Delfeil de Ton, Bruno Gaccio et Benoît Delépine à propos de l’évènement. Vente en kiosque simultanément avec le n°53. 8 euros.

Rien à signaler le 9 septembre 2009 du côté du Canard enchaîné qui a quand même innové cet été en publiant chaque semaine, sur une pleine page et en avant première le prochain album du dessinateur Pétillon « Enquête au Paradis Fiscal », une enquête de l’inspecteur Palmer, à paraître aux éditions Dargaud.

Wolinski Georges

Lundi 29 juin 2009

Charlie Hors-série WolinskiLe dessinateur Wolinski fêtait ce 28 juin ses 75 ans. Sa fiche biographique sur Wikipedia indique :

« Il fut dessinateur dans la revue Hara-Kiri, puis dans Action, Paris-Presse, Hara-Kiri Hebdo, Charlie Hebdo, L’Humanité et enfin Paris-Match. Il fut rédacteur en chef de Charlie Mensuel. »

À Charlie mensuel il prend la succession de Delfeil de Ton qui en fut le premier rédacteur-en-chef.

En 1992, c’est Wolinski qui propose à Philippe Val qui vient de quitter La Grosse Bertha, de relancer le titre Charlie Hebdo qui avait cessé de paraître en 1982.

En 2001, Wolinski racontera sa « vie historique » dans  « Je montre tout ! » un hors-série de Charlie.

En 2005, il  est fait Chevalier de la légion d’honneur par le Président de la République Jacques Chirac qu’il a rencontré en vacances à la Réunion.

Wolinski - La France se tâte

En mars 2007, il publie le rapport de la mission Wolinski sur « La promotion et la conservation du dessin de presse » que lui a commandé le ministère de la Culture.

Aujourd’hui, Wolinski est toujours très présent dans la presse et collabore régulièrement à Charlie 2€ hebdo, Paris Match, L’Écho des Savanes, et au Journal du Dimanche, où il ne dispose plus depuis quelques semaines d’une rubrique fixe.

Ses derniers albums de dessins de presse parus sont « La France se tâte », (L’Écho des Savanes, 2008), et « Défense de fumer ! » (Le Cherche midi, 2008). En mai 2008, France 5 lui a consacré un film documentaire  de 52 minutes « Wolinski ne pense qu’à ça » réalisé  par Jean-Philippe Camborde etVéronique Jacquinet.

La même année, dans « l’affaire Siné », Wolinski choisit le camp de Philippe Val contre Siné. Invité à cette époque à participer à un débat organisé par la BPI du Centre Beaubourg sur l’avenir du dessin de presse il se désiste alors avec ce prétexte abscon « que l’antisémitisme n’était pas l’avenir du dessin de presse ». Pour la petite histoire c’est Siné qui a préfacé son premier livre « Je ne pense qu’à ça » paru en 1969 (Denoël).

Plus récemment, le n°49 de Feconews, magazine de la Federation of Cartoonists Organisations nous apprend que Wolinski était le président du jury du XIIIe Porto Cartoon World Festival qui s’est déroulé en mars 2009.

Le 13 juin 2009, Wolinski était présent à Lisle-sur-Tarn à l’inauguration d’une rétrospective de dessins de presse de Cabu présentée au Musée Raymond Lafage jusqu’au 31 octobre 2009.

Musée de France Raymond Lafage, rue Victor Mazies, 81310 Lisle sur Tarn. Tel : 05 63 40 45 45.

Silence dans les colonnes…

Dimanche 22 mars 2009

"Charlie Hebdo" ce n'est pas "Val Hebdo"« À travers les interventions de Val sur RTL ou sur Canal+, Charlie apparaît assez proche du Nouvel Obs ». 

Cette phrase de Charb, rédacteur-en-chef adjoint de Charlie 2€ Hebdo, rapportée par l’hebdomadaire Marianne dans un article consacré au « Duel fratricide – Charlie Hebdo-Siné Hebdo » (n°621), a provoqué une colère froide de Philippe Val en comité de rédaction. Ce dernier a intimé à tous les collaborateurs présents d’arrêter de parler aux journalistes et de dénigrer le journal. Autre cible de la diatribe Delfeil de Ton, chroniqueur au Nouvel Obs et à Siné Hebdo

Le numéro suivant de Marianne (n°622) publie une lettre de Charb, reproduite en illustration, qui démontre que si les collaborateurs de Charlie ne peuvent plus parler au journalistes, il semble qu’ils peuvent encore écrire aux journaux.

… et défilé joyeux

Lors de la grande manifestation revendicative du 19 mars, Siné Hebdo était présent sur le parcours avec un stand et une dizaine de vendeurs à la criée. De nombreux tee-shirts du journal ont été vendus et Siné présent sur place a dédicacé des centaines d’exemplaires de Siné Hebdo vendus aux manifestants.

Note de lecture : Charlie Hebdo, l’original

Jeudi 12 février 2009

Bête, méchant et hebdomadaire. un livre de Stéphane MazurierCréer et faire vivre un journal est une aventure formidable. Créer et faire vivre un journal comme Charlie Hebdo est une aventure « extraordinaire » comme le dit Sylvie Caster. Pour s’en convaincre il suffit de lire l’imposant – 512 pages – Bête, méchant et hebdomadaire de Stéphane Mazurier (Buchet Chastel) qui retrace les grands et les petits moments de Charlie Hebdo, titre satirique légendaire, anticonformiste, aujourd’hui usurpé par un propriétaire qui s’affiche comme « éditorialiste » sur les plateaux télé entre Alain Duhamel et Catherine Nay.

Un livre très documenté et très complet sur la vie de ce journal de 1969 à 1982, mais aussi sur son époque qui joua un rôle non négligeable dans son succès (et son déclin) : « Expérience unique dans l’histoire récente de la presse française, Charlie Hebdo se révèle finalement la meilleure expression journalistique de l’esprit de mai 68 ». Bénéficiant des témoignages de nombre des collaborateurs, l’auteur évoque les multiples péripéties des titres, le mensuel Hara-Kiri, L’hebdo Hara-Kiri Charlie Hebdo, l’éphémère Charlie matin, La semaine de Charlie, et la cohabitation - souvent conflictuelle (p. 150) – entre des personnalités aussi fortes que celles de Gébé, Reiser, Delfeil de Ton, Fournier, Wolinski, Siné, Willem, Cabu, Nicoulaud, Berroyer, Carali, Arthur, Sylvie Caster. Le tour de force a été d’additionner tous ses talents chaque semaine, mais avec une règle : « même si les collaborateurs du journal s’apprécient profondément, ils se fréquentent très peu en dehors du journal. Certes Reiser dîne quelquefois chez Wolinski, mais la règle est de ne se voir que pour le travail ». 

Ce livre ne dévoile hélas aucun secret permettant de renouveler cette aventure, mais donne quelques clés qui permettraient à une équipe de se lancer dans un tel projet. Cavanna : « C’est très simple, la formule c’était : tu as une page, tu t’en démerdes, tu mets ce que tu veux dedans, pourvu que ce soit génial »

Autre intérêt de l’ouvrage, c’est qu’il confirme, s’il en était besoin, que sans le duo passionnel Cavanna-Bernier cette aventure fulgurante n’aurait jamais pu exister : « Cavanna est, sans aucun doute, le « concepteur en chef » du journal. C’est lui qui a su imaginer une formule originale et viable, mais aussi la maquette, autrement dit la marque de fabrique, le « visage rédactionnel » de Charlie Hebdo. Le deuxième personnage clé dans l’élaboration du journal est , bien sûr, son directeur, Georges Bernier. Si Cavanna est le concepteur du journal, Bernier en est l’administrateur ; un administrateur volontiers fantasque et téméraire, qui s’acharne à faire vivre Charlie Hebdo. Bernier a, en quelque sorte, mis en place sa propre méthode, fondée sur l’optimisme et la ténacité. »

Un Bernier incontournable, au point même qu’il semble aujourd’hui étonnant qu’un dessinateur comme Cabu, qui a vécu et profité (p. 110) de toutes ces années tumultueuses, retrouve subitement la mémoire pour accabler et dénoncer le Pr. Choron comme il l’a fait dans un récent de Charlie Hebdo (14.1.2009). Il est vrai que le Charlie Hebdo de l’époque est très éloigné de celui qu’il fait aujourd’hui et dont il est curieusement l’actionnaire principal avec Philippe Val. Rien à voir donc, avec le titre d’origine où le rédacteur en chef était « toute la bande ». On en est loin en effet et on se demande même pourquoi dans ce livre Philippe Val donne son avis sur la première version de Charlie Hebdo alors qu’il n’y a jamais participé et qu’il ne reconnaît aucun talent à Choron.

Au final, ce livre pourrait apparaître comme une sorte de pierre tombale, une fresque gravée dans le marbre, qui célèbre le souvenir, la nostalgie d’une époque révolue où l’on osait tout et où tout était possible. Mais c’est une fausse impression, puisqu’encore récemment avec l’arrivée dans les kiosques de Siné Hebdo, journal conçu en quelques semaines, il semble que l’esprit de provocation reste vivace. Il suffit juste de le cultiver. Bête, méchant et hebdomadaire de Stéphane Mazurier peut donner cette envie. ff

Bonus à savourer également, le cahier spécial des photos d’époque d’Arnaud Baumann qui signe aussi la photo de couverture.

Choron, le film.

Lundi 22 décembre 2008

Choron Dernière le filmAvec ce texte sur le Pr Choron je vais sûrement casser un mythe. J’en prends le risque. Je n’ai rencontré le Professeur Choron que trois fois. La raison : autrefois directeur de collection chez un éditeur aussi près des alpages que de ses sous, il m’était venu la folle idée de publier dans le cadre d’une collection d’humour une réédition des Fiches bricolages du Pr Choron et Les jeux de con du Pr Choron.

Par l’entremise de Lefred Thouron la chose s’est conclue assez vite et nous sommes même allés lui rendre visite tous les trois, avec Kleude, dans sa maison familiale d’Aubréville dans la Meuse. Son accueil attentionné, le champagne, auquel malade il n’avait plus droit, et l’évocation des souvenirs firent de cette rencontre une journée inoubliable.

Bien sûr je connaissais tout de sa vie, en tout cas celle racontée par Odile, sa femme, la mère de son unique fille Michèle Bernier. Un livre qui reste encore à ce jour le meilleur témoignage sur l’épopée des éditions des Trois-Portes. Bien évidemment j’avais aussi en tête le récit épique de sa vie tel qu’il l’avait raconté à Jean-Marie Gourio dans Vous me croirez si vous voulez (Flammarion).

Mais mon idée était de rendre hommage à l’auteur qu’il était, au-delà de son rôle d’agitateur d’idées et de « patron » vibrionnant dans l’équipe d’Hara-Kiri.

Plus aucun matériel originel n’étant disponible, je me suis plongé dans une collection du mensuel Hara-Kiri qu’il avait fondé avec Cavanna en 1960. Un duo de personnalités à la puissance créatrice fusionnelle à ce jour encore inégalée.

choron-par-lefred-thouronEt là, en relisant avec attention tout ce qu’il avait imaginé, tout ce qu’il avait écrit, j’ai découvert, re-découvert, un auteur inventif, original, très attaché à la qualité de son expression, au sens des mots. Les légendes des Fiches bricolages sont concises, efficaces, pas une phrase de trop, et complètent parfaitement les images. Les textes courts des Jeux de con sont bourrés de trouvailles, drôles, et eux aussi finement ciselés. Il est d’ailleurs étonnant que personne n’ait encore eu l’idée de les mettre en scène. Rajoutez à cela les sujets et les paroles des chansons qu’il a écrites, et vous aurez un large aperçu du talent de ce bonhomme qui, faut-il le rappeler, est – entre autre – l’auteur de la célèbre Une de L’hebdo hara-Kiri : Bal tragique à Colombey – 1 mort.

Choron était un véritable artiste. Un artiste qui « a fourni de la matière à plagiats pour encore plusieurs générations » à écrit Delfeil de Ton dans Le Nouvel Observateur.

choron-photoLes albums parurent et l’éditeur les laissa se vendre. En 2004 Choron n’était pas encore célébré sauf par ses créanciers à qui il devait encore des millions depuis l’arrêt de Hara-Kiri. Il nous fit aussi la mauvaise blague de mourir le 10 janvier 2005. Contre toute attente l’enterrement fût triste, très triste, mais il y avait du monde. Forcément.

Voilà, c’est le Choron que j’ai connu, attentionné, perfectionniste, élégant. Je ne l’aurais donc jamais connu bourré, sortant sa bite pour la tremper dans une coupe de champagne ou vociférant les soirs de beuverie. Dommage, je n’ai peut-être pas connu le bon, mais celui que j’ai eu la chance de croiser me semble être le même que celui que tant de gens vénèrent pour ses extravagances. On retrouve les deux dans le film de Pierre Carles et Éric Martin, Choron dernière, qui sort dans les salles de cinéma le 7 janvier. Les réalisateurs retracent quelques-uns des grands moments de sa carrière, tous les journaux qu’il a permis de créer, et reviennent sur sa petite enfance en Lorraine. Surtout ils évoquent la grande blessure que fût pour lui la reparution de Charlie Hebdo, sans lui.

moi-odile-choronÀ voir aussi pour les témoignages de Vuillemin, de Marc-Édouard Nabe, de Cavanna, mais aussi de Philippe Val qui dit presque que Choron n’avait aucun talent.

Georges Bernier est mort, la vie du Professeur Choron continue.

ff

Illustrations :

L’affiche du film dessinée par Vuillemin.

Choron vu par Lefred Thouron.

Photo gag de René Maltête (avec la participation du Pr Choron)
parue dans l’album Des yeux plein la tête (Glénat Humour). © Maltête.

Moi, Odile, la femme à Choron,
écrit avec Christian Bobet. Éditions Mengès, 1983.